lundi, octobre 24, 2011

Prémices d'un scrutin (ou le despotisme démocratique revisité)

Je citais dans une note récente (le despotisme démocratique) Tocqueville expliquant les motivations populaires post-révolutionnaires. Même si on n'en est pas encore à sacrifier nos droits et libertés chèrement acquises sur l'autel de l'ordre, l'analyse des premiers résultats du scrutin tunisien et le succès qui se dessine pour le parti islamiste démontre la pertinence d'une telle analyse.
L'apprentissage de la démocratie passe probablement par ce désenchantement, voir cette désillusion que beaucoup attendaient mais n'osaient pas y croire. A la peur de l'autre et la crainte de sa trahison, s'était substituée après le départ de Ben Ali une certaine effervescence et un espoir aveugle dans la démocratisation.
Les lendemains de victoire sont souvent amers et c'est ici qu'on se rend compte du chemin qui reste à parcourir. Si le scrutin a pu être transparent dans l'ensemble, la communication autour de l’évènement a souffert  notamment à cause des annonces autour de chiffres de la participation basés sur les électeurs inscrits dans les listes alors qu'un certain nombre si ce n'est une majorité de personnes arrivaient sans inscription préalable. Ne vaut il mieux pas dans ce cas là, parler de chiffres de la participation par rapport à la population éligible?
Tout ceci tiens du détail à côté des enjeux qui se dessinent aujourd'hui et du problème structurel qu'aura à gérer l'assemblée constituante. Car si on ne peut pas vraiment reprocher au parti islamiste de tourner le débat autour de la question religieuse et identitaire (puisque ceci est son fond de commerce depuis des lustres), la crainte est surtout de voir les autres factions se focaliser et se positionner autour de cette question oubliant que cette révolte est celle avant tout de la dignité et que l'essentiel est d'aller de l'avant sur les questions économiques, de justice sociale et également de panser des blessures encore ouvertes (le sort des blessés, les procès contre les anciens dignitaires du régime, l'exécution des peines de Ben Ali,...)
Si les islamistes ont gagné sur la base de la polarisation, laissant peu de place au compromis, ils devront tout de même faire des efforts dans les débats de l'assemblée constituante et l'espoir est donc permis de voir  certaines concessions voir le recul des islamistes sur beaucoup de leurs positions historiques. Le problème est qu'au même moment une forme de consensus autour de questions sociales ou économiques se formera  et le débat le plus intéressant sera alors probablement enterré. L'assemblée constituante qui devait à la base réfléchir, confronter et opposer les points de vue les plus divers sur l'avenir du pays sera livrée à de méprisables calculs politiques ayant pour unique perspective au mieux un statut quo au pire une régression des libertés.
La démocratie étant aussi la dictature du peuple par moments, quoi de plus naturel quand on aspire à la démocratie que de s'abstenir de décréter le vote utile ou de dénigrer ceux qui votent "mal". Alors non le combat n'est pas fini et ne le sera même pas après cette constituante, car on ne le répétera jamais assez, si la liberté se conquiert au prix du sang elle se défend aussi au même prix et n'est jamais aussi fragile que lorsqu'elle semble bien acquise. Respecter un scrutin impose de respecter le choix de ceux qui ont voté et c'est une tâche bien plus difficile que d'appeler de ses voeux la démocratisation. Pour autant, il n'est nullement question de relâcher la pression ou de laisser tout entre les mains de cette assemblée aux prérogatives encore floues. Le combat continuera et ne s'arrêtera pas de si tôt. Une brèche de liberté est ouverte, sachons en profiter pour commencer ce travail de rattrapage du temps perdu, pour répandre les notions de tolérance et de défense de la liberté et oeuvrer dans le sens d'une inclusion de ceux qui n'ont pas voté ou qui ont voté par incompréhension des mécanismes en jeu.



1 commentaires:

Anonyme a dit…

Ena ce ki me fait peur si ennahda monte o pouvoir c ke les touristes ne viennent plus, ke l'économie tombe, ke la tunisie moins libre et que je n'y retourne plus...