lundi, septembre 19, 2011

Le despotisme démocratique

"J’ai dit comment la crainte du désordre et l’amour du bien-être portaient insensi­ble­ment les peuples démocratiques à augmenter les attributions du gouvernement central, seul pouvoir qui leur paraisse de lui-même assez fort, assez intelligent, assez stable pour les protéger contre l’anarchie. J’ai à peine besoin d’ajouter que toutes les circonstances particulières qui tendent à rendre l’état d’une société démocratique troublé et précaire, augmentent cet instinct général et portent, de plus en plus, les par­ti­cu­liers à sacrifier à leur tranquillité leurs droits.
Un peuple n’est donc jamais si disposé à accroître les attributions du pouvoir cen­tral qu’au sortir d’une révolution longue et sanglante qui, après avoir arraché les biens des mains de leurs anciens possesseurs, a ébranlé toutes les croyances, rempli la na­tion de haines furieuses, d’intérêts opposés et de factions contraires. Le goût de la tran­quillité publique devient alors une passion aveugle, et les citoyens sont sujets à s’éprendre d’un amour très désordonné pour l’ordre."
Alexis de Tocqueville, Le despotisme démocratique

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