samedi, mai 21, 2011

Tourista aiguë...

Aujourd'hui samedi 21 mai ouvre ses portes le Village du Jasmin à Paris, qui selon les organisateurs a pour but de faire redécouvrir les charmes de la Tunisie post révolutionnaire au public français. L'initiative a profité du soutien de la mairie de Paris, du ministère tunisien du tourisme ainsi que certaines entreprises nationales. Au delà de la marque de fabrique Jasmin qui agace et énerve plus qu'autre chose car symbole des titres usités de la presse française après le départ de Ben Ali, la tenue d'un tel événement pose la question de la pérennité du secteur touristique en Tunisie.
Poule aux œufs d'or et manne financière pour certaines régions côtières, beaucoup de voix s'élevaient déjà du temps du règne rcdiste contre les abus du tourisme à outrance symbole d'une vision court-termiste où on sacrifie l'avenir de notre environnement à l'autel du bénéfice de l'apport de devises immédiat.

L'équilibre instable qui prévalait à l'époque obligeait déjà les patrons du secteur à une course effrénée vers les bas prix et le low-cost avec à la clef des difficultés de plus en plus nombreuses à joindre les deux bouts. Rajoutez à cela des capacités de financement très limitées à cause notamment de la faiblesse des banques tunisiennes et vous obtenez une situation explosive où les volumes son tirés vers le haut par les tours opérateurs étrangers qui n'hésitent plus à investir dans leurs propres structures (Marmara,etc...) alors que les infrastructures locales peinent à suivre le rythme et se moderniser pour proposer autre chose que du bas de gamme.
Beaucoup disent qu'il faut s'engager dans un processus où on mise plus sur la culture tunisienne (bientôt un tourisme de la révolution à Thela avec traces de sang et reconstitution d'affrontements? sic.) et citent l'exemple marocain.
Le Maroc a pour beaucoup joué la carte du luxe et son tourisme a visé les hauts segments. Ce positionnement serait donc un exemple à suivre pour le tourisme tunisien.
Haute contribution ou pas, le tourisme n'est pas à mon sens la voie de sortie pour l'économie tunisienne. Certes, le nombre de travailleurs dans ce secteur et les investissements passés font qu'il n'est pas si aisé de changer du jour au lendemain de modèle de développement et délaisser ce secteur pour d'autres.
C'est pour cela que je considère que les efforts faits par le ministère du tourisme tunisien sont court termistes car visant à maintenir un certain statut-quo et une dépendance toujours aussi forte de l'économie tunisienne à ce secteur. Pour clarifier mon propos je considère que le tourisme est quelque part nécessaire comme source d'emplois peu qualifiés mais ne doit pas être la clef de voûte d'une économie juste et respectueuse et du citoyen et de son environnement. Quel beau gâchis que de consacrer un effort important à l'éducation et la formation pour au final envoyer nos diplômés garder les troupeaux de touristes anonymes venant lézarder sur nos plages!
Je conçois tout à fait que les efforts de ministère s'inscrivent dans une tentative de sauver la saison actuelle et ne présagent pas forcément de la conduite à tenir dans un futur plus ou moins proche, mais la forme et le message manquent de pertinence et oublient d'envoyer aux citoyens tunisiens un message fort, celui de la fin du tout tourisme. J'attends donc avec beaucoup d'impatience la formation d'un gouvernement d'union nationale, qui je l'espère pourra donner certaines de ces orientations à l'économie tunisienne (il en aura la légitimité lui par contre). Céder à la facilité dès maintenant et se dire qu'on décidera de telles orientations une fois la situation stabilisée et la croissance revenue, c'est se lancer dans la spirale du sous-développement chronique où le patient malade est soigné à coup d'emplois saisonniers, dépendance et asservissement aux autres économies. Passer de proie à prédateur dans l'économie mondiale actuelle n'est pas une tâche facile, en avons nous l'envie?

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