Samedi 27 janvier 2007 les femmes en noir m'avaient délié la langue pour évoquer la corruption et le pouvoir.
Je remets du coup la citation de Aung San Suu Kyi qui m'avait semblé plus que pertinente à l'époque et qui l'est encore plus aujourd'hui.
« Ce n’est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur. La peur de perdre le pouvoir corrompt ceux qui le détiennent, et de la même manière, la peur du fléau que représente un pouvoir corrompu corrompt ceux qui sont sujets à ce pouvoir. »
Alors que la Tunisie plonge dans le grand bain du politique et la démocratie (partis politiques, régimes politiques, constitutions,...), certaines voix appellent à la comparaison avec les aspirations des espagnols investissant Sol (manifeste de Democracia Real Ya) et établissent un parallèle entre les deux mouvements pour pointer les limites du modèle démocratique vers lequel on tend. Ces voix restent minoritaires mais posent la question de l'éventuelle désillusion/douche froide qu'on aura à traverser dans quelques années voir quelques mois.
Revenons en d'abord à la notion de pouvoir et ce qu'elle implique dans une démocratie représentative. Il s'agit ici de pointer du doigt les difficultés que traversent les démocraties occidentales maintenant qu'elles sont arrivées au stade suivant: organisation d'élections libres, débats démocratiques dans les assemblées élues, justice indépendante,etc... Malgré tout un sentiment de désenchantement prédomine, certes exacerbé en ces temps de crise et de disette mais qui était déjà latent et s'exprimait par une opposition farouche à certaines lois taillées sur mesure en fonction d'intérêts divers (Hadopi,etc...). Rajoutez à cela l'impression grandissante d'être un mouton parmi tant d'autres et d'avoir uniquement le choix entre le marteau et l'enclume (comprendre une aile gauche taillée pour la communication et une aile droite qui taille dans le lard). Le vote blanc, les taux de participation ridicules sont parmi les symptômes les plus évidents d'un tel désintérêt de la chose publique et d'une citoyenneté perdue.
Evidemment, la Tunisie n'en est pas là et l'ambiance est plutôt au foisonnement d'idées et de l'implication totale des citoyens tunisiens dans les affaires du pays. Prendre un peu de recul et essayer d'entrevoir l'avenir pour ne pas répéter les mêmes erreurs est donc capital.
La peur de perdre le pouvoir est donc ce qui corrompt et pousse ceux qui le détiennent à essayer de perpétuer leur emprise pour ne pas perdre privilèges et acquis sans s'occuper véritablement de leur statut d'élus du peuple parlant en son nom et non en leur propre noms. Ce qu'on observe généralement dans certaines démocraties établies c'est l'émergence de groupes d'intérêts et d'une élite politique qui est maintenue en place grâce au soutient d'intérêts privés d'une part et de la collusion effective entre politique et médias.
Cette tendance qui se dessine paraît déjà établie en Tunisie, où le champ politique a été investi par un certain nombre de partis politiques qui aspirent tous à représenter le peuple et ses intérêts avant tout (ou du moins c'est ainsi qu'ils se décrivent tous). On est donc déjà passé du stade de démocratie directe (c'est à dire que les gens qui s'activent et manifestent dans la rue imposent les changements) à une démocratie indirecte où les partis politiques cristallisent l'attention et se font les portes paroles des différentes aspirations de la société.
On voit déjà sur la scène politique plusieurs tentatives de ramener le débat vers certains centres d'intérêts (religion, économie,etc...). Chaque parti jouant sur sa veine libérale, pieuse, sociale,etc... Alors que les élections à venir sont celles qui vont permettre de mettre en place une constitution sensée justement régir le processus démocratique et définir l'implication des citoyens dans le politique, la plupart des partis tunisiens se projettent déjà dans un avenir où elles auront le maître mot. Certains se rêvent à Saint-Cloud déblatérant des ignominies sur leurs concitoyens "différents", d'autres se parent de bons sentiments "comme à la Rue Solférino" et beaucoup sont ravis de voir la mise en scène de débats politiques comme des mauvais remake à la sauce Tunisienne de la démocratie occidentale.
L'autre point important est l'indigence des médias tunisiens (presse écrite et surtout télévision). Certes on ne s'attend pas à une revirement soudain de l'approche et à de grandes révélations de compétences cachées, mais tout de même plonger à ce point dans les travers médiatiques du sensationnel et du partisanisme est très néfaste. L'inexistence d'une autorité de contrôle (même si ce mot est banni du vocabulaire maintenant qu'on a fait notre révolution), censée rattraper les dérapages, déterminer une ligne de conduite et prévenir les collusions avec le pouvoir politique et financier est un danger quotidien. Qui n'a pas sursauté devant les interviews de M. Essebsi par des journalistes incapables de donner le change et pointer du doigt les manquements, omissions et autres manipulations?
Parler des médias, m'amène à parler sondages outil normatif plus qu'efficace. L'absence de réglementation dans ce domaine pousse beaucoup de journaux à sortir des chiffres ressemblant plus à un nombre de likes sur facebook qu'à une vraie enquête de terrain scientifique qui avance à tâtons en donnant sa méthodologie, ses hypothèses, sa population cible et s'auto-critique en limitant le champ des interprétations possibles.
C'est pour cela que j'aimerai que l'autorité en charge des élections nouvellement élue se prononce rapidement sur le sujet en interdisant purement et simplement les sondages d'opinions qui étranglent le débat et poussent à un comportement moutonnier des électeurs, sorte de prédiction auto-réalisatrice en quelque sorte.
Si je soutiens les initiatives visant à instaurer plus de transparence et à dépasser la vision étroite qu'on a de la démocratie "historique", je n'ai pas forcément un penchant particulier pour les notions d'open governement,etc... Mais le sujet mérite quand même débat et réflexions.
3 commentaires:
Je pense que c'est plutôt un processus...
Quand on observe l'histoire des peuples (civilisations, nations), on remarque que chacun fait son propre chemin certes...
MAIS passe par les mêmes étapes. Je crois que l'apprentissage du passé des autres est une grosse illusion! On fera notre propre chemin en passant par le même processus (on peut le faire plus rapidement et éviter certains détails). Donnons nous le temps, pour faire les choses bien!
Assez fataliste comme constat .. je l'avoue
Il y a un peu de vrai dans ce que tu dis notamment parce qu'on a besoin de passer par certaines étapes pour se rendre compte qu'il faut évoluer et passer à autre chose. Cependant (mais je pense qu'on sera d'accord aussi là dessus), le rattrapage démocratique ressemble beaucoup au rattrapage démographique par exemple. Dans le sens où les pays en voie de développement (quel bel euphémisme) ont effectué cette étape là beaucoup plus rapidement que les pays développés pionniers. Pourquoi? Parce qu'un certain nombre de techniques,etc...étaient déjà disponibles. Donc même si la Tunisie et d'autres pays sont passés par les mêmes étapes le rattrapage a été plus rapide car se basant sur des méthodes connues et expérimentées un peu partout.
On profite en quelque sorte de l'avancée technologique des pays développés en ayant recours à des technologies dépassées mais sans supporter le coût de développement, le temps de recherche,etc...
Sur le plan politique, j'estime que c'est exactement la même chose. On a des modèles de sociétés disponibles, éprouvés, dont on connaît les limites donc je ne vois pas pourquoi on ne saurait pas en profiter pour justement raccourcir ce temps d'expérimentation et affiner l'approche dès le début. On peut se donner le temps de jouer avec les concepts et expérimenter mais ne pas se baser sur les expériences des autres c'est un gros gâchis aussi.
Je suis parfaitement d'accord avec toi (en vrai j'aurai abaissé mes lunettes et me serai exclamée en rigolant: "élémentaire cher Watson" :p)
Bien sûr qu'on devrait tirer profit de leurs "prouesses techniques/nologiques" (et tout ce qui s'y rapporte...), ce serait bête sinon.
Au fait pour parler en images je dirai que : Tu as une montagne inhabitée, couverte d'une foret. Le premier qui voudra monter au sommet devra se frayer seul un chemin, ce qui prend énormément de temps. Le second essayera de suivre les traces du premier et ainsi de suite; avec le temps un sentier verra le jour, voir même plusieurs qui mèneront au même but. Mais chaque aventurier/alpiniste laissera ses traces et façonnera ce sentier à sa façon, un peu ...
Je divague?
(Bon quand tu vois l'heure à laquelle j'ai commenté ce matin.. Tu comprendras que j'étais pas encore bien réveillée pour bien développer! Mais si j'avais été bien réveillée, je ne me serai sûrement pas aventurée à commenter! (weird!) )
Je me tais :)
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