lundi, avril 11, 2011

Intérêt national...

Revoilà M. Jouini s'exprimant dans les colonnes de leaders.tn (un titre qui sonne fanfaron et finit en sourdine) pour exprimer un point de vue certes respectable mais ô combien caractéristique de cette pseudo-élite éclairée. (lien)
L'article commence par une citation de Churchill (sic), évoquant la valeur travail teintée de souffrance. Jusque là on se dit que rien n'a changé, les mêmes appels à un retour au labeur nécessaire pour sauver l'économie, sauver le pays, les mêmes rengaines...sens profond de la responsabilité. Assez joué, il est temps de redevenir sérieux! Sauf que cette fois, l'appel à l'union sacrée emprunte au registre révolutionnaire. Car quoi de plus fort comme argument que d'invoquer le sang des martyres et affirmer que la révolution s'est faite autour de cette revendication ultime...pouvoir travailler?
Le problème de la dette y passe aussi et un glissement sémantique fait de cette dette non pas la dette de l'état qui l'a contractée mais celle du peuple qui l'a subie. Et voilà les éternelles brebis égarées qui se trouvent un nouveau guide et qui s'extasient devant la sagesse de l'homme et sa maîtrise de la chose économique.

Zohra a ainsi affirmé dans les commentaires de l'article:

C'est impeccable .Les tunisiens seraient très chanceux de l'avoir comme premier ministre un jour .
Et puis le couplet final:

Il est grand temps de mettre l’économie et l’emploi au cœur du débat. Il est indispensable que toutes les forces politiques s’expriment sur les programmes économiques qu’elles sont susceptibles de mettre en œuvre dans le futur et qu’elles laissent faire, dans le présent, ceux qui œuvrent au gouvernement. Tergiverser et critiquer ne peut pas tenir lieu de programme.
Circulez braves gens, laissez faire votre gouvernement qui aussi illégitime et provisoire qu'il soit fera en sorte de vous amener bonheur et longue vie...nous sommes tous d'accord sur les mesures à prendre, nous sommes tous conscients des sacrifices à effectuer, alors à quoi bon contester?
Le chevalier Jouini nous exhorte à travailler nos programmes économiques pour le futur et laisser le présent au gouvernement d'Essebsi...la critique est pour lui forcément négative car elle n'est pas dans l'action et ne fait que freiner l'action.
La critique mourant jeune, céder à cette tentation c'est se condamner à l'inaction future aussi car les décisions prises par ce gouvernement s'inscriront dans la durée. Les nouveaux prêts contractés resteront dans les pattes du futur gouvernement élu. Les choix actuels seront difficiles à reprendre et amender, pourquoi s'acharner à refuser de les critiquer alors? Tout simplement pour rester dans le monde bourguibiste des élus (de dieu?) visionnaires et tout simplement compétents (ah ces technocrates) qui nous entourent depuis déjà un bon moment. Le consensus qui s'était établi du temps de Ben Ali autour de cette idée de Tunisie qui progresse (sur le plan économique) continue de sévir et peu de gens arrivent encore maintenant à remettre en cause ce système. Le RCD a disparu, Ben Ali s'est envolé mais nos mentalités n'ont toujours pas changé. Foudroyer la critique sous couvert de consensus et de grandes causes nationales c'est se condamner à perpétuer cet état de fait où les grands choix macroéconomiques ne se discutent pas car ils vont tout simplement de soi.
Un consensus bâti autour d'une schizophrénie maladive entre un moi nationaliste, fier et obtus et une économie fragile, surprotégé mais ô combien dépendante. Se refuser à discuter ces questions économiques maintenant sous couvert de réaliser les revendications de la révolution, c'est refuser de donner le choix de sa destinée à un peuple qui n'a jamais été aussi proche de pouvoir.
Au final la question qu'on devrait tous se poser maintenant qu'on peut, c'est peut être que veut on au juste?

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