mercredi, mars 27, 2013

La vacuité de la pensée

Depuis quelques semaines le "happening" tendance Femen est devenu en Tunisie le sujet du moment. La tendance est à la surenchère à coup de cris du coeur soutenant l'Acte, face aux cris d'effrois de ceux qui voient devant leurs yeux la réalité d'un pays déchiré entre deux réalités. Naturellement, je ne n'adhère nullement au flot d'insultes et de menaces que la demoiselle a dû subir et qui ne démontre qu'une chose : la vacuité de la pensée et des arguments. Je m'abstiendrai donc de commenter ou de chercher des explications à cette tendance (pas forcément machiste ou paternaliste) à incriminer et à demander à tort et à travers que la justice divine s'exerce sur ceux d'entre nous qui auraient pêché. A quoi bon un jugement dernier serais je tenté de leur répondre si vos préceptes religieux veulent déjà nous juger ici-bas? Je m'abstiendrai également de toute critique du vide politique incarné par les Femen.
Mes pensées vont plutôt à cette grande oubliée de notre démocratie naissante, celle qui nous garantit un minimum d'équité, celle qui nous protège et nous défend contre les abus, celle qui règle aussi nos différents et nous cimente autour de ce minimum de choix et de valeurs dans lesquelles on s'est retrouvés. On appelle souvent à la réformer comme cette blonde d'Aquitaine qu'on abat par la suite. Elle est pour beaucoup d'entre cet enfant malade en qui on a perdu tout espoir. Et pourtant elle existe, et pourtant elle applique sa glaive jour après jour, et pourtant beaucoup sont ceux qui la nourrissent de leur sueur, de leurs espoirs et de leur sang. Mais quelle insulte que de la réduire aujourd'hui à un article ou deux d'un quelconque code civil qu'on cite par dessus l'épaule sans se soucier de tous ceux qu'on a piétiné juste avant? Honte à ceux qui se drapent de ses principes pour mieux s'en défaire quand ils poussent leur "cri".
Cette oubliée c'est notre justice avec ses lois imparfaites, ses contraintes, ses procédures, sa morale sous-jacente et son appareil nécrosé. Décrite ainsi on pourrait la croire mourante, agonisante, prête à laisser sa place au règne du couperet médiatique celui qui fait de la rumeur une vérité et de la vérité une plaisanterie morbide. Et pourtant elle vit serait on tenté de répondre. Son temps n'est pas le même que le nôtre, son opacité quand la transparence est la règle nous rend méfiants envers elle alors que c'est de notre confiance qu'elle se nourrit. Je m'agace et ça m'attriste de voir que c'est la dernière qu'on invoque quand il s'agit de répondre à ces problématiques qui nous tiraillent. 
Amina a contrevenu aux lois de la république et ses détracteurs n'ont d'autre choix que de porter plainte ou se taire. On me rétorquera que ces lois "liberticides" ne sont plus valables maintenant que la révolution a eu lieu et que l'urgence est justement à une reconception de nos valeurs et de nos lois par la force des images chocs et des positions extrêmes. Dire cela c'est faire preuve d'un aveuglement criant et d'un oubli (conscient?) des résultats qu'une élection démocratique nous a révélé à propos de nos consciences, de notre société et de nos valeurs. Dire cela c'est croire que notre position d'élite soit disant éclairée nous autorise à tout faire pour imposer nos choix de vie et notre sacro-sainte liberté.
Dire cela c'est surtout nier ce mur qui protège toute société démocratique, celui du respect des lois. Car remettre en cause une loi et argumenter dans ce sens est une chose, mais l'outrepasser pour signifier sa fin en est une autre. Comme si se parer d'un progressisme social et enfreindre une loi suffisait pour faire l'économie d'un débat, d'une réflexion en vue d'une adhésion plus large à une évolution des valeurs.
Certains n'hésiteront pas à comparer cette action (se montrer nu sur Internet) à celle de ces femmes qui en leur temps ont enfreint la loi pour avorter, confondant liberté de disposer de son corps et provocation stérile. Mais de quel projet cette action est elle porteuse? Que propose Amina pour changer ces mentalités sclérosées et qui ne comprennent pas que le corps d'une femme n'est pas uniquement un objet de désir ? Leur imposer cette poitrine et ce message glauque fera il autre chose que pousser ses détracteurs à se recroqueviller sur leurs positions? Ne leur donnera il pas les arguments dont ils rêvaient depuis bien longtemps? C'est avec une facilité déconcertante qu'ils vont maintenant utiliser cette image qui a fait le tour de tous les médias et cette histoire ridicule pour montrer du doigt le mal maintenant personnifié. Combien sont ceux qui aujourd'hui en Tunisie considèrent cet acte comme un acte d'émancipation ? D'un côté comme de l'autre la vacuité du propos et l'insignifiance de la pensée conjuguées à l’immédiateté du temps médiatique empêchent de se poser les vraies questions comme celles de savoir si tout progrès sociétal est forcément un progrès, si c'est bien une révolution qu'on a vécu ou une simple révolte, si cette révolte n'est plus qu'un paravent derrière lequel on est tous en train de se cacher pour demander tel ou tel privilège ou droit ou si c'est toujours une révolte pour la dignité, le droit au travail et la liberté. Qui pendant ce temps là pour protéger cette justice qu'on jette comme un mégot de cigarette une fois qu'on a en a tiré ce peu de substance qui lui reste ?

jeudi, mars 07, 2013

Dissoudre la constituante?

Face à un échec la vertu n'est elle pas de reconnaître ses torts, changer son fusil d'épaule et reconstruire sur des bases plus saines? C'est peut être sous cet angle là que beaucoup de tunisiens ressentent le résultat des élections du 23 Octobre 2011 (voir pour cela l'article du journal marocain tel quel parlant du piège de la constituante). Une assemblée constituante embrumée dans ses prérogatives, qui se croit investie d'une mission quasi-divine et au dessus de toute logique démocratique, une assemblée qui au fil des séances parfois orageuses, parfois insipides joue à nous faire peur avec des articles sortis de nulle part ou des votes partisans soutenus par une logique de partis et du nous contre eux sans même parler de l'absence de projet clair et limité dans le temps.
Il y a pourtant dans la diversité des profils, du présent et du passé des différents acteurs qui ont investis cette assemblée une certaine dose de représentativité de la Tunisie actuelle. Et ce point est en soi une grande victoire car il donne une image fidèle de ce qu'est la société tunisienne actuellement. Ceci serait très rassurant si ce n'est l'absence totale de ceux qui ont conduit cette révolte au nom de leur dignité, je parle bien sûr des plus jeunes indépendants et non organisés qui n'ont pas eu l'assise politique ou les financements nécessaires pour faire face à la main-mise des partis politiques sur la vie pré-électorale. Même si certains ont pu s'investir dans plusieurs partis politiques, il n'en demeure pas moins évident qu'ils ne pèsent que très faiblement sur les décisions et les approches politiques. Leur absence criante dans ces instances (la moyenne d'âge à la constituante est de 49 ans pour ce qu'on en sait), et le peu d'égard qui est donné à leur parole ou à celles des associations qu'ils ont crées présage d'une professionnalisation de plus en plus manifeste de la politique tunisienne et une exclusion de la majorité du processus décisionnaire. Car malgré les promesses, qui serait assez naïf pour croire que ceux qui tentent désespérément de nous faire miroiter une constitution s'évertueront à respecter par la suite leur promesses et se retirent de la vie politique? Dire qu'on se débat encore avec des vieillards empruntant à Bourguiba ses lunettes pour faire renaître une politique qu'on croyait du siècle passé...comment croire que ces quadragénaires qui nous gouvernent actuellement accepteront de lâcher le pouvoir avant encore vingt ou trente ans.
Que faire? l'éternelle question qui si on cède à notre désir de tout de suite changer cet état des choses nous pousserait à vouloir la fin de l'assemblée constituante pour reconnaître l'erreur qu'a constitué ce choix.

Et pourtant, choisir cette voie c'est ignorer que la démocratie représentative n'est pas un remède miracle à un peuple qui a grandi dans l'ombre du protecteur et sous la coupe du parti unique. Il nous faudra du temps pour créer de nouvelles règles du jeu et insuffler une âme véritablement révolutionnaire au jeu de dupes actuel. Car même si le tunisien est aujourd'hui politisé il n'est pas encore cet animal politique qui reconnaît la rhétorique dans les discours ou la logique médiatique derrière la guerre de l'information permanente voir de la surinformation.
Partant de ce constat et reconnaissant la volonté populaire derrière cette constituante et la légitimité de ces élections (certes non biaisés dans leur déroulement mais ô combien entachées d’irrégularités dans leur préparation), il s'agit maintenant d'agir pour se donner les moyens d'orienter les choix de cette assemblée, trouver des portes drapeaux à l'intérieur même de cet espace, convaincre, discuter, porter de l'avant notre projet d'une représentativité plus importante de cette jeunesse, de ses priorités et des choix qu'elle voudrait pouvoir faire pour ne pas se faire gouverner mais pour gouverner elle même.
La partie n'est certainement pas perdue mais le sera si on se contente de dénigrer cette assemblée, de la décrire comme nullement représentative des différentes composantes de cette société tunisienne qu'on nous a  tant décrit comme unie et unique et qui se montre aujourd'hui devant nous sous toutes ses facettes. Obliger les élus de la République à rendre des comptes, les contraindre à respecter leurs engagements, agir médiatiquement pour les obliger à écouter nos voix, ce n'est qu'à travers ces moyens là qu'on arrivera à les diriger vers ce qu'on désire tous mais qu'on a du mal à synthétiser : une constitution qui protège l'individu et contraint ceux qui nous gouvernent en leur imposant un contrôle citoyen et en sortant de la logique électorale qui nous restreint à un rôle d'électeur devenant faire valoir une fois les élections finies.

ps : Le chiffre de 49 ans de moyenne provient des estimations d'Al Bawsala

mardi, mars 05, 2013

Perdre Constantinople

En 1453 Mehmet II prend Constantinople et sonne la fin de l'empire romain et le début d'un empire ottoman. Quelques siècles plus tard me voilà à arpenter les rues de la cité du Bosphore essayant de comprendre cette âme turque au milieu de mes congénères venus s'enquérir du prix de la dernière robe de mariée voilée dans le quartier de Fatih. Entre ces deux temps Atatürk, celui qui a insufflé à ce pays un semblant de laïcité et de sécularité que beaucoup citent aujourd'hui en exemple.
Ce pays où l'islam modéré est au pouvoir serait selon beaucoup de nos concitoyens l'exemple parfait d'une alchimie entre les principes démocratiques fondamentaux et un islam politique que l'AKP a réalisé depuis sa confrontation au pouvoir.
Pourtant en visitant Istanbul un sérieux vague à l'âme vient perturber cette vision idyllique d'un islam politique dénué de toute volonté hégémonique. La tension autour de la place Taksim est là et le contraste est saisissant entre les comportements des deux pans de la société turque qui s'affrontent chaque jour. Entre des musulmans qui se sentent lésés dans leur croyances quand ils voient des comportements plus "occidentalisés" autour d'eux et ces laïques qui luttent vainement contre un attachement de plus en plus évident de la société aux valeurs religieuses conservatrices. Cette islamisation affichée et volontariste ne touche pas uniquement les laissés pour compte du miracle économique turque, car les quartiers conservateurs riches sont aussi foison et le président actuel incarne lui même ce savant mélange d'un monde des affaires où s'enrichir n'a jamais été un tabou et un monde conservateur où la crainte de l'occidentalisation pousse à un isolement communautaire parfois inconscient mais souvent volontaire. La réussite économique est même devenue l'argument politique numéro un du président quand il s'agit de défendre son bilan. En échange d'une certaine prospérité acceptez de revenir à vos valeurs traditionnelles. Voilà en filigrane le message que le président traditionaliste et son parti s'évertuent à répéter à longueur de journée.
S'il est certain que la situation économique tunisienne n'est en rien comparable à la situation de la Turquie (puissance économique régionale et mondiale), le tour de force opéré par le parti islamiste "modéré" au pouvoir afin de canaliser les forces de la société vers un conservatisme rigoureux est un exemple à suivre pour Ennahda en Tunisie. Opposer aux tentatives de progressistes un discours moralisateur et une approche binaire est un choix que le parti tunisien a déjà fait et est en train d'expérimenter à grand échelle.
Turkish Airlines a récemment arrêté de servir les boissons alcoolisées sur ses vols intérieurs (et aussi ceux à destination des pays du Golfe) en invoquant une très faible demande pour ces produits. Sous couvert de la loi du marché, des entraves à la liberté sont constatées dans ce pays qui se dit démocratique mais où l'extrême gauche est toujours le souffre douleur des forces de l'ordre et d'une justice aux mains du pouvoir. (cf la condamnation de Sevil Sevimli récemment).
Que penser également du virage économique effectué par la Turquie qui dirige ses investissement ailleurs que vers cette Europe apeurée qui a choisi de la refouler et accroît en même temps ses relations avec les pays du Golfe? L'autre rive est redevenue en Tunisie aussi un repoussoir.
J'ai volontairement omis les atteintes à la liberté d'expression et les lois liberticides anti-terroristes utilisées à tort et à travers pour museler les opposants, j'ai omis aussi les mises en scènes anti-israéliennes dont Erdogan est friand et où on finit par se demander si galvaniser le peuple par cet habile et facile tour de passe-passe n'est pas un peu trop gros par moments. Tout ceci devrait nous inciter à nous poser cette question fondamentale : qu'est ce qui dans notre prochaine constitution nous protégera de ces abus de pouvoir, est on encore capable en tant que nation de refuser de céder à la manipulation politico-médiatique et choisir de ne pas borner notre liberté à ce qu'on nous présente comme morale.

samedi, février 09, 2013

Penser l’événement ou l’avènement de la violence dans la politique tunisienne

Au delà du clivage qui se dessine et de l'affaiblissement voir de l'anéantissement d'un gouvernement fragile qui désormais n'a de légitimité que celle de la violence, il convient de s'attarder sur un aspect qui je pense sera décisif dans les prochaines années et qui marquera la vie politique tunisienne à jamais. Il s'agit de l'avènement d'une violence aveugle et sourde traduisant un message de rejet et de défiance à l'égard de la jeune république. Bien avant l’innommable, bien avant le déluge de haine et les plaies ouvertes, bien avant les balles qui assassinèrent Monsieur Chokri Belaïd, plusieurs voix (dont celle du défunt) s'étaient déjà élevées pour dénoncer cette dérive outrancière de paroles, d’intimidations, de violences qui allait inéluctablement créer à un moment ou un autre l'événement et par conséquent un avant et un après.
Pour analyser ce recours à la violence, il convient de s'intéresser tout d'abord aux différents acteurs qui composent cette nébuleuse islamiste, leurs relations au pouvoir actuel, leurs relations au monde extérieur et surtout leur évolution dans le temps des deux années qui s'écoulèrent depuis le départ de Ben Ali et dans l'espace hétérogène de la Tunisie rurale et citadine, des villes côtières et intérieures, du nord et du sud, voir même de l'étranger et de la Tunisie. Il s'agira ensuite de comprendre la perception que ce font ces acteurs de leur quotidien, de la réalité socio-politique du pays, du sens de leur lutte et de la continuité ou des ruptures qu'ils donnent à leur actions.

Si le rôle prépondérant acquis par Ennahda a fait resurgir un eux contre nous, si l'accès au pouvoir de ce parti a permis aux islamistes de tout poil de se réunir derrière une seule bannière, derrière cette façade de profondes divisions perdurent. Pour qui connais l'historique des mouvements islamistes en Tunisie cette fragmentation n'est pas surprenante et Ennahda elle même, a par le passé montré différents visages et différentes tendances en son sein. Ces mouvances s'accordaient autour d'un objectif clair, accéder au pouvoir...mais au-delà de cet accord de principe et de ces retrouvailles autour d'un socle commun la concurrence pour recruter des troupes dans le terreau fertile qu'était devenu la Tunisie post-14 janvier faisait rage. Tacitement, ces différents groupuscules tels que Ansar Al Chariaa, Hezb al Tahrir ou les autres différentes tendances salafistes (djihadistes ou pas) travaillaient l'opinion pour le compte d'Ennahda quand les élections ont eu lieu mais s'en distinguaient assez souvent dans leurs prises de position ou leurs rapports au médias comme pour mieux exister en dehors de cette grande famille tiraillée entre la tentation de gagner une légitimité républicaine (pas forcément démocratique d'ailleurs) et celle de réaliser des rêves de militantisme islamique de la première heure. Cet équilibre instable entre une formation qui veut plaire au plus grand nombre pour exister et des groupes dont la surenchère est le principal moteur a été rompu avec ce passage à l'acte et l'élimination physique d'un tribun et d'un homme qui inlassablement a essayé d'expliquer au plus grand nombre ce virage dangereux pris par les islamistes tunisiens et le caractère profondément anti-républicain de leur croisade.
L'avenir nous le dira et nous confirmera ou pas ce passage de la politique des mots à la politique du terrorisme islamiste, mais il est clair aujourd'hui et si on regarde l'histoire des républiques qui ont vacillé devant l'extrémisme terroriste de droite ou de gauche (je pense notamment à l'Italie des années de plomb) que dissoudre les Ligues de Protection de la Révolution (LPR) par décision juridique ou politique ne fera que passer ces groupes dans la clandestinité et dans une surenchère encore plus meurtrière. Il est illusoire de croire que ces réseaux, ces groupes qui se sont constitués suite à la révolution et à la contestation des premiers gouvernements de transition vont se dissoudre avec simplement une action du gouvernement ou de la justice. Tant que les revendications sociales persisteront, tant que l'état ne se sera pas montré inflexible face à cette violence des mots et des actes, tant que l'impunité pour les atteintes à la république et à ses symboles persisteront, rien ne fera revenir à la raison ces individus. Cela sera d'autant plus difficile que la récidive est souvent bien plus facile que le crime premier. Ces groupes ayant déjà profité des espaces de liberté ouverts après le départ de Ben Ali, ayant profité à maintes occasions d'une justice et d'un pouvoir politique plus que clément, n'hésiteront pas à refuser de voir ces armes tomber (j'entends ici par armes la possibilité laissée à ces groupes de prêcher la haine et la violence et le refus de la république, discours qui bien souvent dans un pays dévasté économiquement attire et attise la colère). Il y a pour paraphraser Sloterdijk un réservoir de colère dans cette société opprimée et frustrée pendant des années et qui ne demande qu'à être exploité. Un filon que ces groupes voudront continuer à exploiter même dans la clandestinité. Ainsi isolés de leur revendications premières, ils n'auront d'autre but que de se maintenir à flot et justifier leur existence par la violence. Puisqu'ils ne nous écoutent pas, ils seront obligés de regarder le sang qu'on versera. 
Qui aujourd'hui (et surtout dans cette frange de la population) croit dans un système démocratique fondé sur l'égalité et le respect des lois? Pourquoi s'étonner de cette violence alors que ces gens ne reconnaissent aucune légitimité à la république et ne rêvent que d'assouvir leurs rêves de vengeance sociale. Ils ont désigné leurs ennemis, ils ont décidé de les éliminer et Ennahda (ou du moins sa frange la plus modérée) ne pourra rien contre ces noirs desseins surtout que pour l'instant le parti ne veut absolument pas prendre le risque de froisser ceux qu'ils considère comme ses éclaireurs.
Une république qui vacille, une démocratie qui balbutie, et voilà ces discours de haine qui prennent un écho chez le plus grand nombre. Quand on voit également la réaction d'Ennahda et ses partisans à la foule immense qui ce vendredi huit février a pleuré, célébré la mort d'un martyr et d'une icône, on comprend que la peur de perdre la partie ne fait que pousser ces mouvements islamistes dans une logique de survie. Une logique où l'objectif n'est plus politique ou idéologique mais devient uniquement un combat pour l’existence. La lutte politique devient violente parce qu'elle détermine la survie d'un groupe, d'une idéologie. C'est la peur de perdre le pouvoir pour Ennahda et ne plus s'en remettre et la peur de perdre une existence, une tribune et des possibilités de recrutement, d'endoctriment pour les groupuscules qui l'entourent qui animent cette violence et cette lutte pour l'existence. 

Radicalisation des revendications, radicalisation des esprits, c'est là où on va aujourd'hui mais quelle formidable lueur d'espoir que d'entendre ces paroles d'apaisement, de confiance dans l'avenir et de refus de la violence dans la bouche de ceux qui ont payé le plus lourd tribut à cette immiscion du réel dans notre quotidien.

mardi, août 14, 2012

Leçons de vie paisible chez les bonobos.


L'étude du Bonobo (espèce de primates proche des chimpanzés) est fascinante et éclairante quant à l'évolution des sociétés humaines. Il s'agit pour l'observateur de tels animaux de déceler dans leur comportement, dans la comparaison de leur structure sociale avec les autres sociétés de singes évolués (hommes inclus) des signes avant coureurs de notre propre évolution et par dessus tout de la structure éminemment patriarcale qui caractérise l'espèce humaine et qui a façonné notre passé et notre avenir.

mercredi, janvier 04, 2012

La bataille de la constituante est déjà perdue...


J’admets volontiers mon ignorance du domaine juridique et le fait de découvrir comme beaucoup de tunisiens, les notions de constitution, d’institutions,etc…on a tous eu le droit au lycée ou à l’école à une formation civique où on apprenait par cœur les différentes strates de pouvoir, l’organisation des lois,etc...Dans cet amas de notions, de termes, seule l’étude de la Grèce antique dans les cours de philosophie permettait peut être d’appréhender les notions sous-jacentes et de toucher du doigt le pouvoir du mot citoyen.
Je ne sais donc pas vraiment ce que le mot démocratie représente, je préfère me contenter de parler de mon rôle de citoyen tel que je l’imagine.

vendredi, décembre 30, 2011

Citoyenneté 2.0

Je m'excuse par avance pour ce titre désuet mais ô combien symbolique...ce n'est peut être qu'un appât censé attirer le chaland au final.
Nulle envie de débattre (peut on appeler cela un débat?) de l'apport des nouvelles technologies, réseaux sociaux dans le débat démocratique voir dans la construction démocratique, car le concept est maintenant plus qu'éculé et les arguments ne manquent pas dans ce sens. Nier l'évidence ressemble plus à de la mauvaise foi qu'autre chose c'est pour cela que je ne chercherai pas pour une fois à verser dans le pessimisme.
C'est la découverte d'un document "leaké" par un membre de l'Assemblée Constituante et repris en trombe dans des milliers de messages sur les réseaux sociaux qui m'a inspiré cette brève note. Car comment ne pas voir dans cette fuite organisée une manipulation...l'information auparavant remontée par des anonymes sur le terrain et reprise en choeur il y a de cela un an exactement a changé de source. Ce sont maintenant les politiques qui délivrent et la masse d'anonymes qui se charge de la résonance. Certains ont donc bien compris la facilité avec laquelle le discours simpliste, les positions dogmatiques, bref la rhétorique pouvait inonder la toile. Le message n'est plus pertinent par son contenu ou sa vérité, mais par le matraquage qui le suit. Alors manipulation, propagande ?

lundi, octobre 24, 2011

Prémices d'un scrutin (ou le despotisme démocratique revisité)

Je citais dans une note récente (le despotisme démocratique) Tocqueville expliquant les motivations populaires post-révolutionnaires. Même si on n'en est pas encore à sacrifier nos droits et libertés chèrement acquises sur l'autel de l'ordre, l'analyse des premiers résultats du scrutin tunisien et le succès qui se dessine pour le parti islamiste démontre la pertinence d'une telle analyse.
L'apprentissage de la démocratie passe probablement par ce désenchantement, voir cette désillusion que beaucoup attendaient mais n'osaient pas y croire. A la peur de l'autre et la crainte de sa trahison, s'était substituée après le départ de Ben Ali une certaine effervescence et un espoir aveugle dans la démocratisation.
Les lendemains de victoire sont souvent amers et c'est ici qu'on se rend compte du chemin qui reste à parcourir. Si le scrutin a pu être transparent dans l'ensemble, la communication autour de l’évènement a souffert  notamment à cause des annonces autour de chiffres de la participation basés sur les électeurs inscrits dans les listes alors qu'un certain nombre si ce n'est une majorité de personnes arrivaient sans inscription préalable. Ne vaut il mieux pas dans ce cas là, parler de chiffres de la participation par rapport à la population éligible?

mercredi, septembre 28, 2011

La virgen de la Macarena

La mort du torero, Picasso (1933)

Une belle pique! 20 000 aficionados ce jour là venus voir le miraculé d'Aguacalientes fermer le rideau définitivement sur la Monumental de Barcelone. Accompagner un mourant, c'est ainsi qu'on pourrait décrire cette course de taureaux qui n'ont plus de taureau que le nom. La tragédie taurine, s'est muée au fil des ans en une comédie pitoyable qui conduit le théâtre taurin à sa propre fin. Combattre les chèvres d'El Pilar est il vraiment un acte de bravoure? La Monumental va probablement se muer en un centre commercial ou peut être en un aquarium au fond duquel les aficionados catalans viendraient chercher un semblant d'histoire, un grain de sable de l'arène défunte mêlé au sang de ceux qui y laissèrent une veine voir la vie...Je me rappelle encore cet objet étranger (architecture mauresque qu'ils disent) croisé un jour de printemps à travers la vitre d'un taxi dont le cuir était sûrement usé par les popotins d'adolescents mondialisés venus découvrir la ville de Gaudi.
Que restera il de Barcelone à part les images papier glacé d'un vulgaire Woody Allen? Ville de "culture" qui se voit plus grande que l'Espagne...ville à l'étroit dans cette âme ibérique. Bientôt la réhabilitation d'El Raval et puis suivra Valence, qui souillait cet été le sable de ses arènes par de la bière allemande histoire de rentabiliser le tout. Un jour Las Ventas tombera aussi et ça en sera fini de tout cela...une fête archaïque et anachronique mais surtout des sentiments et une émotion indescriptibles qu'on veut oublier pour toujours. La mort rôde et même sa célébration se meurt. 

lundi, septembre 19, 2011

Le despotisme démocratique

"J’ai dit comment la crainte du désordre et l’amour du bien-être portaient insensi­ble­ment les peuples démocratiques à augmenter les attributions du gouvernement central, seul pouvoir qui leur paraisse de lui-même assez fort, assez intelligent, assez stable pour les protéger contre l’anarchie. J’ai à peine besoin d’ajouter que toutes les circonstances particulières qui tendent à rendre l’état d’une société démocratique troublé et précaire, augmentent cet instinct général et portent, de plus en plus, les par­ti­cu­liers à sacrifier à leur tranquillité leurs droits.
Un peuple n’est donc jamais si disposé à accroître les attributions du pouvoir cen­tral qu’au sortir d’une révolution longue et sanglante qui, après avoir arraché les biens des mains de leurs anciens possesseurs, a ébranlé toutes les croyances, rempli la na­tion de haines furieuses, d’intérêts opposés et de factions contraires. Le goût de la tran­quillité publique devient alors une passion aveugle, et les citoyens sont sujets à s’éprendre d’un amour très désordonné pour l’ordre."
Alexis de Tocqueville, Le despotisme démocratique