mercredi, janvier 04, 2012

La bataille de la constituante est déjà perdue...


J’admets volontiers mon ignorance du domaine juridique et le fait de découvrir comme beaucoup de tunisiens, les notions de constitution, d’institutions,etc…on a tous eu le droit au lycée ou à l’école à une formation civique où on apprenait par cœur les différentes strates de pouvoir, l’organisation des lois,etc...Dans cet amas de notions, de termes, seule l’étude de la Grèce antique dans les cours de philosophie permettait peut être d’appréhender les notions sous-jacentes et de toucher du doigt le pouvoir du mot citoyen.
Je ne sais donc pas vraiment ce que le mot démocratie représente, je préfère me contenter de parler de mon rôle de citoyen tel que je l’imagine.
J’ai évoqué dans une note précédente le côté abscons du discours politique et l’imperméabilité de toutes ces notions à la compréhension du citoyen lambda. C’est un monde en vase clos qui a ses propres mots, ses propres attitudes et ses propres outils de travail. Cette compréhension est d’autant plus difficile que le degré de technicité requis de nos jours pour approcher les concepts macro-économiques ou le langage juridique dépasse par bien des égards ce que même des politiques actuels peuvent appréhender.
Ce n’est certainement pas pour douter des capacités d’un Marzouki ou d’un Jebali à comprendre et agir dans le champ politique que j’évoque ce point mais pour souligner à quel point il est difficile pour le citoyen de se faire une idée, de s’informer et par la suite décider. Les mensonges, voir la manipulation de l’information dans le but d’influencer les masses deviennet monnaie courante dans ce qu’on peut appeler un système non-autocratique (ce dont peut clairement se prévaloir la Tunisie actuellement).

La première conséquence de ce déni de citoyenneté est à chercher du côté des partis politiques. Car si quelques initiatives indépendantes ont vu le jour avant les élections tunisiennes pour faciliter la compréhension des enjeux, aider dans les choix politiques, ce sont bien les partis politiques (quelque soit leur bord) qui ont le plus gagné à ce niveau. En se présentant comme intermédiaire entre la chose publique et les citoyens, les partis tunisiens ont par la même occasion instauré une chape de plomb sur les élections de la constituante en inondant les médias, en se posant comme unique recours,etc…Il y a eu un formidable mouvement qui a vu beaucoup de tunisiens s’engager dans la vie politique,etc…Il n’en demeure pas moins que ceux qui défendaient la liberté, se sont mués en défenseurs de leur partis. C’est ainsi que les partis tunisiens ont finalement gagné leur bataille contre les indépendants, contre tous ceux qui voulaient faire entendre une voix différente de celle d’un appareil.
On s’est beaucoup attardé sur la victoire d’Ennahda mais c’est surtout une victoire des partis qu’a consacré la constituante et ceci n’est forcément pas une très bonne nouvelle pour notre futur proche (j’y reviendrais dans la suite de l’article).

La deuxième conséquence de la complexité « apparente » de la chose publique est bien plus grave (les partis politiques pouvant disparaître un jour). En se voyant infliger des débats stériles et complexes sur la dette, sur l’identité, sur la technicité de la procédure de vote, les esprits des citoyens tunisiens ont vite préféré se consacrer à la critique désenchantée en tous points similaire à celle de la période Ben Ali. Les arguments dans le style « tous pourris »,etc… ont fusé et chacun de nous s’est trouvé dans la posture facile de commentateur de la chose publique plutôt que celle de véritable acteur. Ce n’est pas forcément la faute de ceux qui ont cherché à parler, à occuper l’espace médiatique (les partis principalement) mais la faute de ces milliers d’anonymes qui n’ont pas su reprendre par la force ce que le vide laissé par le départ de Ben Ali leur avait entrouvert pendant quelques instants. Peut être par manque de discernement, peut être par l’urgence sociale, peut être simplement par immaturité politique,…

La victoire du système des partis ainsi que le désenchantement politique (porté peut être aussi par les problèmes sociaux) est pour moi une des plus grosses défaites de la période post Ben Ali et ne présage rien de bon quant au contenu mais aussi à la pertinence de la nouvelle constitution qui se prépare (on se demande quand est-ce qu’ils vont s’y mettre d’ailleurs) et de grâce qu’on ne me parle pas de open-gov ou d’autres notions utopiques. Le débat n’est clairement pas à ce niveau là.

On en arrive donc à une situation où les partis politiques sont non seulement chargés d’écrire la nouvelle constitution mais aussi de s’y contraindre par la suite. Je m’inspire largement des réflexions d’Etienne Chouard à ce niveau là mais il me paraît essentiel de constater que la bataille est bien perdue. La constitution étant symboliquement le socle sensé protéger nos intérêts en tant que groupe d’individus des abus de pouvoir commis par les élus, le gouvernement ou les institutions de la république la laisser aux mains de ceux là même dont on espère se protéger est un suicide démocratique. C’est le socle sur lequel on aurait dû s’entendre dans l’idée non pas de trouver le plus petit dénominateur commun qui fait de nous une nation (langue, religion, institutions,…) mais plutôt dans l’idée de fixer les règles, les limites à ne pas dépasser par les gouvernants et qui permettent aux citoyens d’exercer pleinement leur pouvoir politique. La constitution est donc le seul texte qui protège l’égalité, égalité bien entendu politique et citoyenne (il n’est nullement question ici d’égalité sociale, économique par exemple).
Que penser donc des élections actuelles qui même si dans l’ensemble ont consacré la volonté de la majorité (qui n’est qu’une étape du processus constitutionaliste), ont beaucoup favorisé la mainmise des partis politiques sur la future constitution et donc les règles aux quelles ils vont devoir se contraindre dans l’exercice du pouvoir ?
On commence d’ailleurs à voir les prémices de ce dépeçage du bien citoyen à travers les alliances qui se créent, les changements de discours et les attaques en règle contre ceux qui pensent autrement. La question n’est plus de savoir comment écrire une constitution pour éviter que tout cela ne se reproduise (protéger les citoyens de l’abus de pouvoir des gouvernants) mais de trouver une majorité pour créer un ensemble de règles qui vont dans le sens de cette majorité et donc de son accaparement du pouvoir. On parle donc de trouver entre CPR, Ennahda et Ettakatol les points communs qui permettraient de gouverner ensemble mais aussi d’imposer une certaine vision de l’exercice du pouvoir. Une vision qui n’est même pas forcément celle des militants de tous ces partis (quoique l’auto-persuasion constitue une arme très efficace de normalisation à l’intérieur des partis).
Que faire alors à part constater les dégâts, constater qu’on a raté le coche et que probablement cette constitution se fera sans nous ?
Il s’agit ici de profiter de l’espace public ouvert, des capacités de mobilisation pour contraindre l’assemblée constituante. Mais la contraindre à quoi au juste ? Certains diront à accepter l’idée d’Open Data/ Open Gov. Pourquoi pas ? Mais est-ce là l’urgence ?
Il s’agit d’imposer surtout des idées bien au-delà de : on veut la reconnaissance de notre identité phénicienne/amazigh/arabe/juive/andalouse,…
Car à quoi ce genre d’articles dans une constitution peut-il bien servir quand il s’agit de défendre les citoyens contre l’abus de pouvoir d’un Ben Ali profitant d’une constitution qui reconnaît sans problème notre identité musulmane mais qui de l’autre côté donne à l’exécutif un pouvoir illimité ?
Les idées ne manquent pas mais doivent toujours avoir comme objectif celui de créer des règles qui s’imposent aux gouvernants, voir les bloquent et qu’ils ne voteraient jamais eux-mêmes.
Pensons par exemple à la nécessité d’organiser un référendum une fois la constitution rédigée et avant de la promulguer, pensons aux mécanismes de révocation du pouvoir par référendum, à la possibilité laissée aux citoyens d’abroger des lois…Tout ceci n’a rien d’utopique et peut être inscrit noir sur blanc dans une constitution, être compris par le plus grand nombre et surtout contenir des mécanismes d’application qui consacrent le plein exercice des pouvoirs citoyens (bien loin des initiatives sur les réseaux sociaux et consorts qui s’adressent aux connectés accaparant le droit de parole). Quand viendra le moment de parler de ces problématiques (si nos chers élus veulent bien les évoquer) il faudra être présent et user de tout notre poids pour appeler à une plus grande reconnaissance du droit des anonymes sans voix à porter leur voix sans le clergé des partis.

vendredi, décembre 30, 2011

Citoyenneté 2.0

Je m'excuse par avance pour ce titre désuet mais ô combien symbolique...ce n'est peut être qu'un appât censé attirer le chaland au final.
Nulle envie de débattre (peut on appeler cela un débat?) de l'apport des nouvelles technologies, réseaux sociaux dans le débat démocratique voir dans la construction démocratique, car le concept est maintenant plus qu'éculé et les arguments ne manquent pas dans ce sens. Nier l'évidence ressemble plus à de la mauvaise foi qu'autre chose c'est pour cela que je ne chercherai pas pour une fois à verser dans le pessimisme.
C'est la découverte d'un document "leaké" par un membre de l'Assemblée Constituante et repris en trombe dans des milliers de messages sur les réseaux sociaux qui m'a inspiré cette brève note. Car comment ne pas voir dans cette fuite organisée une manipulation...l'information auparavant remontée par des anonymes sur le terrain et reprise en choeur il y a de cela un an exactement a changé de source. Ce sont maintenant les politiques qui délivrent et la masse d'anonymes qui se charge de la résonance. Certains ont donc bien compris la facilité avec laquelle le discours simpliste, les positions dogmatiques, bref la rhétorique pouvait inonder la toile. Le message n'est plus pertinent par son contenu ou sa vérité, mais par le matraquage qui le suit. Alors manipulation, propagande ?
Le changement de perspective induit par les "community manager" autrefois anonymes parmi les anonymes et devenus prêcheurs pour leurs paroisses est symptomatique d'une certaine vision de la démocratie participative. Clairement, la plupart des "élites" qui nous gouvernent ne voient toujours pas dans les réseaux sociaux autre chose qu'un moyen apaisé de pousser le peuple (masse diffuse et terme trop flou pour être honnête) à penser dans un sens plutôt que dans l'autre. L'ironie de l'histoire étant qu'avec feu Ben Ali, la supercherie était bien plus claire pour tout le monde et les ficelles tellement grosses que personne n'était convaincu ou ne faisait de prosélytisme autrement que par pur intérêt personnel. C'est donc en tant que moyen de contrôle et de normalisation que le réseau est considéré et c'est à l'aune de cette perspective qu'on peut raisonnablement comprendre l'intérêt soudain des médias officiels pour le foisonnement de la toile. Tout ceci n'étant au final qu'une tentative d'induire des raisonnements, des peurs, des certitudes dans les esprits pour au final légitimer telle ou telle politique.
Le fantasme d'une e-démocratie est donc devenu dans certaines sphères un rêve réalisable et un impératif de premier plan et il existe clairement une volonté manifeste d'aller dans ce sens...pensons par exemple aux tentatives d'imposer les notions d'open gov (Qui peut nous dire exactement ce que ça englobe ? Est-ce un concept ? Est-ce une approche ? Est-ce une norme ?) Sauf que plusieurs questions restent sans réponse quand on cherche à inclure les citoyens dans le débat démocratique via les nouvelles technologies de l'information.
L'accès inégal de la population à Internet est d'abord un problème reconnu par tout le monde, mais oublié à chaque fois qu'il s'agit de légitimer l'e-démocratie ? Comment peut-on penser des méthodes participatives si à chaque fois une certaine catégorie de citoyens est exclue du débat ?
Les problèmes qui se posent à ce niveau-là sont d'ordre matériel, mais aussi culturel. C'est une chose de savoir utiliser un ordinateur, d'ouvrir un compte sur Facebook ou Twitter mais ça reste à des années lumière de la compréhension que peut avoir un "initié" du langage politique, juridique et économique. La Tunisie se targue souvent d'un taux d’alphabétisation bien supérieur à la moyenne du continent, mais on oublie que l'exclusion ne se fait plus à la base d'un ensemble de mots, phrases qu'on apprend  à lire et écrire mais à la base d'un langage, d'une culture et d'une connaissance empruntés par les classes dirigeantes à la tradition Française principalement. Peut-on parler de démocratie dans ce cas ?
L'anonymat du vote est aussi un élément très important qu'on oublie de mentionner quand on parle de démocratie participative. L'acte de voter, la symbolique de l'isoloir représentent une part bien plus importante de la démocratie que ce qu'on pourrait penser de prime abord, car ils instaurent une ségrégation nette entre la personne, ses pensées,etc... et son image publique. Toutes ces considérations que les réseaux sociaux de part leur nature bafouent complètement, tous ces élément qui font que l'acte de voter est probablement l'acte le plus libre qui soit sont absolument essentiels à l'exercice de la démocratie par les citoyens. Tous les citoyens n'ont pas de vocation politique, tous les citoyens n'aspirent pas à détenir le pouvoir et ne souhaitent donc pas être dans la revendication et les slogans. La plupart des aspirations démocratiques ne dépassent pas le cadre d'une volonté de pouvoir donner sa confiance à un gouvernement donné et la lui retirer quand il dépasse le cadre de ses prérogatives. On n'en a pas assez parlé mais l'expérience récente des élections de la constituante ont consacré ce droit et ont été d'une réussite éclatante sur ce plan.
L'inculture politique, la difficulté de l'accès au numérique et les contraintes non libres qui découlent du monde des réseaux sociaux font que toute tentative d'aller dans le sens d'une e-démocratie excluent de facto une grosse frange de la population, celle la même qui a déçu ou "mal voté" lors les dernières élections peut-être ? Le psychologue de comptoir dénoncera une tentative de refouler l'incapacité à s'engager en politique par la volonté de tout savoir, tout voir, pour enfin pouvoir radoter sur la toile les mêmes réflexions, les mêmes critiques insufflées insidieusement par ce middle-management de la politique que constituent les figures dominantes de l'Internet tunisien.
Alors, l'urgence est dans le rattrapage culturel, l'urgence est à la construction d'un cadre propice à l'égalité des chances et le refus de l'exclusion. Les nouvelles technologies peuvent aider à aller dans ce sens comme elles peuvent accentuer le fossé actuel et contribuer à l'exclusion démocratique. Quoi de plus naturel dès lors que de voir ces aspirations légitimes fracassées par le verdict implacable des urnes où chaque voix compte autant que l'autre indépendamment de toute notion de e-réputation.

lundi, octobre 24, 2011

Prémices d'un scrutin (ou le despotisme démocratique revisité)

Je citais dans une note récente (le despotisme démocratique) Tocqueville expliquant les motivations populaires post-révolutionnaires. Même si on n'en est pas encore à sacrifier nos droits et libertés chèrement acquises sur l'autel de l'ordre, l'analyse des premiers résultats du scrutin tunisien et le succès qui se dessine pour le parti islamiste démontre la pertinence d'une telle analyse.
L'apprentissage de la démocratie passe probablement par ce désenchantement, voir cette désillusion que beaucoup attendaient mais n'osaient pas y croire. A la peur de l'autre et la crainte de sa trahison, s'était substituée après le départ de Ben Ali une certaine effervescence et un espoir aveugle dans la démocratisation.
Les lendemains de victoire sont souvent amers et c'est ici qu'on se rend compte du chemin qui reste à parcourir. Si le scrutin a pu être transparent dans l'ensemble, la communication autour de l’évènement a souffert  notamment à cause des annonces autour de chiffres de la participation basés sur les électeurs inscrits dans les listes alors qu'un certain nombre si ce n'est une majorité de personnes arrivaient sans inscription préalable. Ne vaut il mieux pas dans ce cas là, parler de chiffres de la participation par rapport à la population éligible?
Tout ceci tiens du détail à côté des enjeux qui se dessinent aujourd'hui et du problème structurel qu'aura à gérer l'assemblée constituante. Car si on ne peut pas vraiment reprocher au parti islamiste de tourner le débat autour de la question religieuse et identitaire (puisque ceci est son fond de commerce depuis des lustres), la crainte est surtout de voir les autres factions se focaliser et se positionner autour de cette question oubliant que cette révolte est celle avant tout de la dignité et que l'essentiel est d'aller de l'avant sur les questions économiques, de justice sociale et également de panser des blessures encore ouvertes (le sort des blessés, les procès contre les anciens dignitaires du régime, l'exécution des peines de Ben Ali,...)
Si les islamistes ont gagné sur la base de la polarisation, laissant peu de place au compromis, ils devront tout de même faire des efforts dans les débats de l'assemblée constituante et l'espoir est donc permis de voir  certaines concessions voir le recul des islamistes sur beaucoup de leurs positions historiques. Le problème est qu'au même moment une forme de consensus autour de questions sociales ou économiques se formera  et le débat le plus intéressant sera alors probablement enterré. L'assemblée constituante qui devait à la base réfléchir, confronter et opposer les points de vue les plus divers sur l'avenir du pays sera livrée à de méprisables calculs politiques ayant pour unique perspective au mieux un statut quo au pire une régression des libertés.
La démocratie étant aussi la dictature du peuple par moments, quoi de plus naturel quand on aspire à la démocratie que de s'abstenir de décréter le vote utile ou de dénigrer ceux qui votent "mal". Alors non le combat n'est pas fini et ne le sera même pas après cette constituante, car on ne le répétera jamais assez, si la liberté se conquiert au prix du sang elle se défend aussi au même prix et n'est jamais aussi fragile que lorsqu'elle semble bien acquise. Respecter un scrutin impose de respecter le choix de ceux qui ont voté et c'est une tâche bien plus difficile que d'appeler de ses voeux la démocratisation. Pour autant, il n'est nullement question de relâcher la pression ou de laisser tout entre les mains de cette assemblée aux prérogatives encore floues. Le combat continuera et ne s'arrêtera pas de si tôt. Une brèche de liberté est ouverte, sachons en profiter pour commencer ce travail de rattrapage du temps perdu, pour répandre les notions de tolérance et de défense de la liberté et oeuvrer dans le sens d'une inclusion de ceux qui n'ont pas voté ou qui ont voté par incompréhension des mécanismes en jeu.



mercredi, septembre 28, 2011

La virgen de la Macarena

La mort du torero, Picasso (1933)

Une belle pique! 20 000 aficionados ce jour là venus voir le miraculé d'Aguacalientes fermer le rideau définitivement sur la Monumental de Barcelone. Accompagner un mourant, c'est ainsi qu'on pourrait décrire cette course de taureaux qui n'ont plus de taureau que le nom. La tragédie taurine, s'est muée au fil des ans en une comédie pitoyable qui conduit le théâtre taurin à sa propre fin. Combattre les chèvres d'El Pilar est il vraiment un acte de bravoure? La Monumental va probablement se muer en un centre commercial ou peut être en un aquarium au fond duquel les aficionados catalans viendraient chercher un semblant d'histoire, un grain de sable de l'arène défunte mêlé au sang de ceux qui y laissèrent une veine voir la vie...Je me rappelle encore cet objet étranger (architecture mauresque qu'ils disent) croisé un jour de printemps à travers la vitre d'un taxi dont le cuir était sûrement usé par les popotins d'adolescents mondialisés venus découvrir la ville de Gaudi.
Que restera il de Barcelone à part les images papier glacé d'un vulgaire Woody Allen? Ville de "culture" qui se voit plus grande que l'Espagne...ville à l'étroit dans cette âme ibérique. Bientôt la réhabilitation d'El Raval et puis suivra Valence, qui souillait cet été le sable de ses arènes par de la bière allemande histoire de rentabiliser le tout. Un jour Las Ventas tombera aussi et ça en sera fini de tout cela...une fête archaïque et anachronique mais surtout des sentiments et une émotion indescriptibles qu'on veut oublier pour toujours. La mort rôde et même sa célébration se meurt. 

lundi, septembre 19, 2011

Le despotisme démocratique

"J’ai dit comment la crainte du désordre et l’amour du bien-être portaient insensi­ble­ment les peuples démocratiques à augmenter les attributions du gouvernement central, seul pouvoir qui leur paraisse de lui-même assez fort, assez intelligent, assez stable pour les protéger contre l’anarchie. J’ai à peine besoin d’ajouter que toutes les circonstances particulières qui tendent à rendre l’état d’une société démocratique troublé et précaire, augmentent cet instinct général et portent, de plus en plus, les par­ti­cu­liers à sacrifier à leur tranquillité leurs droits.
Un peuple n’est donc jamais si disposé à accroître les attributions du pouvoir cen­tral qu’au sortir d’une révolution longue et sanglante qui, après avoir arraché les biens des mains de leurs anciens possesseurs, a ébranlé toutes les croyances, rempli la na­tion de haines furieuses, d’intérêts opposés et de factions contraires. Le goût de la tran­quillité publique devient alors une passion aveugle, et les citoyens sont sujets à s’éprendre d’un amour très désordonné pour l’ordre."
Alexis de Tocqueville, Le despotisme démocratique

jeudi, juillet 14, 2011

Inspecteur des impôts

C'est peut être le métier le plus difficile à l'heure actuelle en Tunisie...Commis de l'Etat, habité par une conscience de l'intérêt général, l'inspecteur des impôts se charge des "basses besognes" ou considérées comme telles. C'est quand même paradoxal qu'un Etat aussi porté sur le social, aussi protectionniste n'arrive pas à avoir ne serait ce qu'une once de crédibilité quand il cherche à collecter l'impôt. Un esprit rebelle s'empare des tunisiens dès lors qu'ils doivent s’acquitter de ce dû et très peu conviennent de la nécessité d'un telle ponction. Peut être que la méfiance généralisée, le peu de crédibilité des institutions et l'exemple donné par le pouvoir sont derrière ce rejet de l'impôt.

mercredi, juillet 13, 2011

Liens du jour

D'abord un article de l'éternel Jouini qui détaille son programme économique pour la Tunisie de demain et nous pose une question plus que pertinente, celle des liens entre économie et politique. L'homme est clairement un libéral convaincu et ne s'en cache pas. Il préconise dès lors un traitement de l'économie tunisienne dépassionné en quelque sorte et qui la sortirait du champ politique pour arrêter avec ce qu'il nomme l'ère du "corporatisme" qui a mâtiné les années Ben Ali et Bourguiba. Il redoute par dessus tout l'approche qu'il nomme populiste préconisée par les partis extrémistes (lesquels?) à qui il reproche des tendances qui conduisent inexorablement à plus de pauvreté et de chômage outre le peu d'arguments qu'il présente pour soutenir cette tautologie hâtive, l'approche libérale-démocrate est pour lui l'unique garant d'une croissance retrouvée (voir dépassant celle des années Ben Ali) permettant de résorber le chômage et la pauvreté. Le rôle de l'état se bornant dès lors à celui d'arbitre et de protecteur.
Sortir les choix économiques du débat démocratique est donc quelque part l'objectif inavoué de M. Jouini car en posant ces définitions comme acquises et définitives et en appelant à un consensus autour de ces valeurs, on enlève une certaine marge d'action à un gouvernement élu.
Loin d'être un ultralibéral convaincu, M. Jouini demande à l'état de mettre en place "des mesures pour parvenir à une société plus égalitaire" ainsi que "des garanties pour protéger les consommateurs et les travailleurs contre l'exploitation en garantissant des conditions de travail décentes et une rémunération équitable". Se contentant d'énoncer ces besoins sans entrer dans les détails (contrairement au soin qu'il apporte pour détailler les mesures d'ouverture libérale et qu'il a vraisemblablement bien étudié), prouve l'antagonisme entre une approche libérale qui veut moins d'Etat et plus d'initiative privée et une volonté manifeste de ne pas heurter les sensibilités d'un pays habitué à la solidarité intergénérationnelle et à moins d'individualisme (relativement à d'autres économies libérales). Sans parler du fait qu'il écourte les problèmes posés par les inégalités actuelles qui dans une économie libérale et sans contrôle actif de l'Etat finiraient par s'accentuer. Car si le marché permet de donner à chacun sa chance, tout le monde ne part pas avec les mêmes acquis et une remise à plat des privilèges et autres biens injustement acquis n'est pas vraiment à l'ordre du jour dans le programme de M. Ghannouchi (pardon Jouini). Le discours de M. Jouini a toute sa place dans le débat mais je regrette qu'il ne se confronte pas à d'autres points de vue en interne et élude les questions d'inégalité des chances actuelles. Je regrette aussi cette volonté de museler le débat économique et d'imposer une vision libérale qui même si elle reste séduisante en théorie ne saurait se maintenir en faisant l'économie du débat démocratique.

Inscriptions aux listes électorales : les informations qui remontent pour l'instant ne vont pas vraiment dans le sens d'un scénario optimiste souhaité par beaucoup de personnes et qui verrait un afflux massif de votants. On prend aussi la pleine mesure des difficultés qui se poseraient et notamment la fragilité des bureaux de vote face à des exactions commises par les chantres de l'ancien régime.

Kasbah 3 : en voyant la liste de revendications remontés ici et là (lien FB) je ne peux que me désolidariser d'une telle initiative. Un mouvement tel que celui de la Kasbah 1&2 avait gagné sur le terrain une certaine légitimité justement parce qu'il couvrait un noyau minimal de revendications pertinentes tant sur le contenu que sur l'urgence. Celle appelant au refus de nouer des contacts avec Israël me paraît particulièrement injustifiée et hors propos. Non que je sois un sioniste convaincu mais faire la part des choses est un moindre mal. On retrouve en effet dans ces revendications un arrière goût des prises de bec dans l'instance présidée par Ben Achour et qui à mon sens n'a pas du tout sa place dans le contexte actuel. Je ne m'associerai donc pas à ces revendications mais je ne peux que souhaiter qu'une pression utile et nécessaire remobilise les forces civiles opposées au gouvernement de transition dans la perspective des élections.

mardi, juillet 12, 2011

Lectures et réflexions du jour

Tunisie : repenser le tourisme (issu du blog Un Oeil sur la Planète)
Autant sur le constat d'échec tout le monde est plus ou moins d'accord autant sur les choix d'avenir les raisons invoquées pour maintenir ce secteur sous perfusion me paraissent bien trop faibles.
Ce secteur qu'on dit clé est symptomatique des choix économiques (imposés?) du temps de Ben Ali en complète inadéquation avec les aspirations des diplômés et des plus jeunes. Il ne requiert pas une main d'oeuvre qualifiée et coûte aussi très cher à la collectivité en terme écologiques (penser à la consommation d'eau par exemple).
Certains préconisent un tourisme plus ciblé, détaché des circuits traditionnels des tours opérateurs et prenant le Maroc pour exemple. C'est ignorer que le tourisme marocain n'est pas non plus la panachée et la fragilité récente consécutive à l'attentat de Marrakech est la preuve irréfutable du caractère volatil et très dépendant de la conjoncture d'un tel secteur. Que faire alors? Moins investir, accorder moins d'importance à ce secteur, voir l'ignorer afin d'en détourner et les investisseurs (en revenant sur les avantages innombrables accordés) et les chercheurs d'emploi en leur proposant des perspectives d'emploi un peu mieux adaptées et porteuses d'espoir. Tout cela ne sera pas pour demain, et l'urgence de la situation impose de trouver des solutions immédiates aux problèmes de chômage mais se voiler la face et choisir des solutions court termistes revient à se condamner à un immobilisme coupable et une répétition des mêmes schémas d'exclusion et de déclassement. Je ne tiens donc pas absolument à déclasser ce secteur du jour au lendemain mais juste qu'on se souvienne que son existence même n'est qu'un alibi pour en faire moins.

Listes électorales: question légitime posée par Houssein sur son blog qui donne un exemple des difficultés et approximations qui vont entourer le processus électoral qui s'engage. Ceci a le mérite de montrer que l'organisation d'élections en Juillet n'était pas vraiment envisageable et que l'instance présidée par M. Jendoubi avait raison sur ce point. La mobilisation qui entoure les actuelles inscriptions donnera probablement une idée assez précise sur la mobilisation lors des élections elles mêmes et il ne serait pas étonnant de voir beaucoup moins d'inscriptions qu'escompté initialement ce qui invaliderait probablement le scénario de Houssein. A cause des discours quelque peu fatalistes du rien ne va changer qu'on voit notamment à l'oeuvre dans la critique du gouvernement de transition ainsi que du manque d'information sur les différents partis et puis finalement la jungle formée par la centaine de partis politiques en mode génération spontanée, je ne pense pas que le taux de participation sera très élevé (j'espère me tromper).

Procès de Ben Ali : au delà de la mascarade que constitue le procès en lui même, tout ce remue ménage plus médiatique que judiciaire nous prive d'une réflexion sur notre société actuelle et l'impact de la politique de ces dernières années sur nos rapports sociaux et économiques. Je continue en effet à penser que Ben Ali est le père de cette génération de jeunes qui a pris la rue comme un adolescent qui se rebelle et que l'impact de sa politique, de sa personne et surtout du système qu'il a lui même instauré (et Bourguiba avant lui) sont bien plus sournois et dangereux que ce que l'ont pourrait penser. Tomber dans l'angélisme quand on parle de cette génération révoltée c'est oublier l'essentiel et le nécessaire retour à une autorité saine de l'état. Passer du jour au lendemain d'un état corrompu, revanchard et tout puissant à un état creux, vide et sans autorité ne permettra probablement pas de rétablir la sérénité et le respect que tout citoyen doit aux institutions et surtout au droit. Surtout que lorsque la masse prends connaissance de sa force et de la violence qu'elle peut exercer, elle ne lâchera pas le monopole de cette violence légitime à l'état si facilement. C'est de là que le désintérêt pour le vote et la question politique pourraient également prendre racine. Car canaliser cette colère et la mener vers la civilisation plutôt que la barbarie n'est pas une tâche facile. Je dis ça à l'adresse de mes camarades quelque peu gauchistes, qui bardés certes de belles intentions oublient parfois que derrière chaque chômeur, derrière chaque émigré il y a un homme et que Ben Ali lui même était un homme. Alors oui n'oublions pas le RCD et ses notables à juger, prenons le temps de juger l'histoire mais soyons responsables de nos propres agissements.

lundi, juillet 04, 2011

Blogosphérite aigüe.

Nafissa et Iheb sont deux blogueurs tunisiens post-révolutionnaires que la médiatisation exacerbée du net libérateur des peuples a mis sur le devant de la scène.
La première ressassant un désir de liberté sans limites, s'offusque de la censure et part en croisade contre les extrémistes de tout bord, fustigeant toute idéologie, fondant ses raisonnements sur ses pulsions intimes et des extraits en VF de SOS-Racisme et de la rue Solférino.
Le second est un brin moqueur, voir même mutin et ne cesse par ses diatribes à exhorter les uns et les autres à plus de clairvoyance. Il est le chantre de la liberté d'expression et de la modération en toute occasion. Habité par l'idée d'un peuple éduqué prêt à tout laisser de côté pour atteindre la sacro-sainte démocratie, il s'est fait une spécialité d'écumer les plateaux de télévision répétant à qui veut l'entendre son indépendance et ses combats valeureux par bits interposés contre l'ignorance et les extrémistes de tout bord.

mercredi, juin 01, 2011

Pieds et poings liés.

Le sujet de la dette est épineux, il revient régulièrement à la table et je l'avais déjà évoqué dans le passé (Bono et la dette tunisienne) sans que ça ne suscite plus de débat ou de commentaires que d'habitude.
Merci donc au G8 qui a permis de remettre la question dans les agendas politiques et de voir un petit peu comment chaque parti politique se positionnait sur le sujet. Seul Ettajdid a à mon sens donné une réponse argumentée et claire. (voir ici par exemple). Leur réponse a cependant plus porté sur la pertinence d'une demande d'annulation de la dette que sur la dette elle même et les nouveaux prêts qui seront accordés à la Tunisie dans le cadre de l'accord entériné pendant le dernier G8.