dimanche, décembre 14, 2014

Pour une critique du Front Populaire

Je tiens d’abord à signaler que je n’ai nullement de réponse toute prête ou de solution clefs en mains aux problématiques qui se posent aujourd’hui aux citoyens tunisiens. Je me contente dans cette note de régurgiter des aspirations, des pensées éparses qui me sont venues dernièrement en me replongeant dans le quotidien tiède et bouillant à la fois de la politique tunisienne.

L’interrogation fondamentale aujourd’hui n’est pas de savoir si soutenir tel ou tel candidat est une nécessité pour l’avenir du pays mais de s’interroger sur comment une formation comme le Front Populaire peut appeler de ses vœux une transformation radicale de la société tunisienne afin d’amener in fine une démocratie où le peuple exerce réellement le pouvoir et ne se contente pas de voter et disparaître ensuite pendant une mandature. Les expériences passées, en dehors de la Tunisie mais également dans la Tunisie Bourguibiste ou post le départ de Ben Ali prouvent qu’il est illusoire pour un peuple voulant exercer par lui même le pouvoir de donner les clés à une élite éclairée (ce qu’était le mouvement bourguibiste initialement par ex), à des technocrates couverts de pseudo neutralité (le gouvernement de Monti en Italie pendant la dernière crise économique), à des politiques professionnels (l’expérience démocratique Française typiquement) ou à tout corps constitué (l’armée en Egypte, l’administration) qui exercerait le pouvoir car élue, désignée, ou imposée pour représenter la volonté du peuple ou l’esprit d’une révolution. Il convient donc de partir sur un schéma nouveau qui part de l’autonomie des gouvernés pour leur donner directement les clés pour décider de leur propre destin.

Pourquoi cette transformation serait un préalable? Tout simplement parce que sans elle :
  • Les gouvernés se contentent du rôle de spectateur désabusé qui finit par se désintéresser de la chose politique pour ne plus voir que le duel partisan entre factions/politiciens qui rejouent la même bataille autour des mêmes clivages.
  • La démocratie représentative implique la possession par une élite de toutes les prérogatives/outils qui peuvent amener un changement : espace médiatique, possibilités de légiférer (ou du moins proposer des législations). Il en découle l’impossibilité donc pour les citoyens de reprendre en main leur destin.
  • L’électeur est dans un rôle de spectateur qui a le choix de changer de chaîne à chaque élection sans réel impact sur le contenu qui lui est administré.

Felipe Gonzalez disait à propos des révoltes citoyennes en Tunisie et en Egypte :

“En el mundo árabe piden votar y aquí dicen que no vale para nada votar”

“Dans le monde arabe ils demandent le droit de vote alors qu’ici (sous entendu les citoyens espagnols lors des manifestations et occupation de la Plaza Mayor à Madrid) ils disent que voter ne vaut rien.

Le parti Nidaa et ses affiliés sont aujourd’hui dans un rôle de gestion de l’existant et sur une position presque centriste qui essaye de ménager les susceptibilités religieuses des uns et des autres et les aspirations de liberté sociétale d’un pan plus ou moins occidentalisé et embourgeoisé. Si le projet en lui même est attendu et assez clair il n’est nullement question pour un tel parti de contester la démocratie représentative par exemple ou d’appeler à un changement radical voir novateur des approches. Il s’agit la plupart du temps de répondre aux aspirations consuméristes des uns et aux hallucinations sécuritaires des autres en promettant un développement qui n’est jamais venu. Au fond en y regardant de plus près Nidaa nous propose la gestion Ghennouchi (premier ministre du temps de Ben Ali pendant de longues années “prospères”) des affaires courantes avec simplement moins de corruption et plus de démocratie représentative. C’est déjà ça diront certains mais pourquoi s’obstiner à aller dans le mur que se prennent aujourd’hui les démocraties occidentales alors qu’on connaît tous et qu’on perçoit tous le marécage où on nous mène. Rien qu’à voir les postures des hommes politiques tunisiens sur les plateaux télé ou leurs discours creux, on se rend vite compte qu’ils ont complètement intégré les codes d’une démocratie occidentale où la politique spectacle cache l’inaction et l’incapacité à penser un nouveau modèle de société. Il n’y a rien à attendre d’une telle politique aujourd’hui, ni un changement radical des modes de gouvernance, ni une réponse aux problèmes sociaux que vivent les milliers de personnes déshéritées.

Ennahda de son côté a entrepris depuis plusieurs années déjà un programme de changement sociétal bien plus profond et bien plus ancré dans la réalité quotidienne. Le parti a ainsi surfé sur la vague de la révolte tunisienne pour prendre le terrain idéologique par la force et imposer la question de l’identité arabo musulmane au centre des débats. La partie est quelque part déjà gagné pour Ennahda puisque personne aujourd’hui n’ose contester cette identité retrouvée. J’en veux pour preuve le passage quasi obligé devant la dictature de la bien-pensance islamique qui impose à chaque politique tunisien de montrer patte blanche et jurer qu’il est un bon musulman. En centrant l’identité tunisienne autour de cette question et en arrivant à force de tractations patientes à imposer cette vision (certes assez partagée même dans les sphères les plus progressistes) au niveau de la constitution par exemple, tout projet d’étendre voir de changer l’identité de l’individu pour autre chose que cette culture arabo-musulmane devient caduque. Comment insuffler dans ce contexte une prise de conscience de la nécessaire autonomie de l’individu au niveau de ses modes de pensées, au niveau de l’organisation de sa propre existante et au niveau de son expérience au pouvoir si le référentiel commun est celui d’une culture qui a prouvé au fil des siècles son attachement à la figure du guide, de l’élu et à la délégation de pouvoir ? Comment dans ce contexte, faire comprendre à un chômeur que sa condition n’est pas celle d’une éternelle victime qui est en droit d’attendre quelque chose de son gouvernment mais qu’il est acteur et partie prenante d’un tout, qu’il y a aussi une responsabilité de chacun d’entre nous dans toute ce que Ben Ali a détruit, qu’il y a une responsabilité de chacun d’entre nous dans les orientations de la politique actuelle et ses conséquences sur le terrain ? Le passage de cette condition de sujet à celle de citoyen détenant un pouvoir de décision n’est pas anodin et aujourd’hui Ennahda n’est clairement pas le parti qui impulsera un tel changement. C’est par excellence le parti qui renforcera un pauvre dans sa position de victime (à travers l’aumône), un salarié moyen dans des perspectives consuméristes (voir pour cela le vide culture des monarchies du Golf et de l’horizon indépassable du centre commercial, du parc d’attractions et toute les autres inventions infantilisantes qui nourrissent le corps avide de nouveautés et d’abondance), et les plus aisés dans la certitude du gain infini avec un système productiviste toujours plus déconnecté des ressources existantes et d’élites qui se reproduisent et vivent en vase clos. Rien d’étonnant pour un parti dont la vision de la responsabilité individuelle est celle d’un comptable qui compte les bons et mauvais points (“hasanet”). Il y a d’ailleurs beaucoup de points d’accords potentiels sur cette vision de la société entre Ennahda et les partis progressistes puisque peu de gens contestent aujourd’hui beaucoup de ces orientations économiques et sociétales. La nuance est pour forcer le trait uniquement à la marge et sur des questions non fondamentales.

Pour le Front Populaire qui représente aujourd’hui la troisième force politique, l’approche n’est pas évidente et les moyens de se mobiliser contre Nidaa dans les urnes inexistants (la visibilité et l’avantage déjà acquis après la promulgation de la nouvelle constitution bouchent complètement l’horizon et ne permettent pas d’aller au delà d’une position d’éternelle opposition stérile et sans réel impact sur le présent). Les possibilités sont aussi limitées de changer le cours des choses et d’annuler ou du moins contrer les velléités d’Ennahda afin de promouvoir le projet d’autonomie individuelle dont j’ai parlé plus haut en lieu et place d’un projet conservateur. Projet sournois qui n’interdit pas mais impose de facto un poids sociétal de l’interdit et une notion du licite et de l’illicite indépendamment de toute notion de loi humaine, de liberté mais aussi de responsabilité individuelle. Le Front Populaire a compris cela dit que son discours herméneutique n’a pas prise sur le réel et qu’il lui faut aller sur le terrain et manipuler des réalités plutôt que des concepts mais il se trouve désarmé face à des choix politiques, économiques, sociétaux où il est obligé de sortir de la position de principe idéologique pour se confronter au réel.

Le plus grave à mon sens est par contre à chercher au niveau de l’inexistence d’un projet réformateur d’autonomie individuelle et de démocratie (non représentative) au niveau des instances dirigeantes du Front Populaire. On est aujourd’hui en présence de militants qui du temps de Ben Ali ou Bourguiba ont toujours travaillé dans la clandestinité et jamais cherché à vraiment influer sur les consciences individuelles faute d’espace de liberté et faute aussi d’organisation assez étendue pour attirer des sensibilités au delà de leur fond de commerce habituel constitué par des enseignants et des avocats qui avaient déjà un fond de remise en question individuelle, de sens de la responsabilité et de culture politique révolutionnaire (9 Avril). Je pense que cette élite est incapable de remettre en question certaines de ses certitudes telles que la démocratie représentative, de comprendre une société en mutation et surtout d’imaginer et de présenter un projet qui s’inscrit dans cette volonté d’autonomie de l’individu et in fine du groupe. Le Front Populaire pense s’en remettre à sa droiture, l’honnêteté de ses militants et l’échec des politiques d’Ennahda et de Nidaa à influer sur le terrain social (en diminuant la pauvreté et le chômage qui nous gangrènent) pour gagner les prochaines élections ou du moins tenter lors des régionales de virer en tête là où le terrain lui est le plus favorable (régions du nord ouest principalement). Sauf qu’à part un discours teinté d’angélisme et d’altermondialisme avec un fond de gauchisme révolutionnaire (révocation de la dette, rôle central de l’état dans la planification) il n’a rien à proposer pour permettre aux citoyens de devenir autonomes. Le fait d’être un parti organisé avec une structuré hiéarchisé et des mécanismes de vote et de démocratie représentative interne l’empêchent de penser un autre modèle à son niveau mais aussi au niveau de l’état si un jour il arrivait au pouvoir. Effectivement ce parti est bien plus démocratique dans ses instances et dans son organisation que beaucoup d’autres mais il demeure miné par une vision issue du XXème siècle et sans beaucoup de possibilités de réflexion et d’auto-critique. Beaucoup de militants de ce parti pensent aujourd’hui qu’ils sont sur la bonne voie et que les résultats des dernières élections les confortent dans leurs choix alors qu’elles montrent au contraire que le peuple a déjà les mains liées. Souvenons nous du nombre de tunisiens indignés par une assemblée constituante qui faisaient des choix absurdes et contraires à l’esprit général de la révolte citoyenne née en 2010 et qui demandait avant tout un droit à l’autonomie et la possibilité de déterminer par soi même son destin loin de tout choix idéologique qu’il soit issu d’une croyance ou d’une élite fût elle élue. Souvenons nous de ce que la dernière élection présidentielle nous a donné comme alternative et comment chacun d’entre nous dans son âme et conscience (je ne parle pas ici des encartés, fanatisés et embrigadés dans des partis politiques) s’est retrouvé dépourvu dépité, inquiet, aigri et au final a plongé dans un nihilisme de la défaite et de la résignation. Le Front Populaire est aujourd’hui face à un choix : investir cet espace démocratique, travailler à long terme sur un changement des consciences qui redonnera le pouvoir aux citoyens in fine ou continuer dans un modèle de démocratie représentative qui lui donnera certes une existence et certaines satisfactions mais jamais la possibilité de réaliser son programme c’est à dire arriver à l’autodétermination des citoyens.

jeudi, décembre 11, 2014

Découper et ne plus comprendre

Comment approcher, analyser, appréhender un monde et donc une approche politique toujours plus complexe ? Comment croire un politique qui vous récite son texte technique la main sur le cœur alors que ses yeux trahissent une compréhension au mieux limitée au pire erronée des concepts qu’il manipule ? Ce qui me frappe le plus dans la scène politique tunisienne c’est le mimétisme presque pathologique avec les affres du champ politique Français, vécu comme la panacée par beaucoup.

Je continue à penser que ce n’est nullement une question de maturité politique des gouvernés car les mêmes phénomènes de prêt à consommer idéologique se retrouvent dans chaque espace une fois sorti du contexte pseudo révolutionnaire où tout semble possible et tout discours envisageable. On se retrouve rapidement dans une situation où le théâtre politique se joue devant un parterre de gouvernés qui fait semblant d’y croire puis-qu’il est lui même acteur de la pièce maintenant que la démocratie est éclose, avec dans le rôle principal des professionnels de la politique qui répètent le même vocabulaire, les mêmes postures.

Tout cela devient vite lassant et ne fait que contribuer au désintérêt de certain, voir à l’hostilité et la perte de valeur de la parole politique. Le rôle du politique se bornant à ces manifestations d’humeur, de conviction et de grands discours, il préfère s’entourer de “spécialistes” pour analyser, décortiquer et comprendre la complexité d’un monde où le moindre impact sur le prix du pétrole a plus de poids dans les finances d’un pays que n’importe quelle politique de dépenses raisonnées. Compartimenter, embaucher des spécialistes qu’on nomme technocrates et se contenter d’une synthèse molle à la Hollande de l’ensemble c’est choisir d’aller dans l’eau mais avec le courant. C’est également dénier aux citoyens la capacité à comprendre, analyser et agir simplement sur leur quotidien et leur couper toute velléité d’infléchir une politique voir d’en proposer une autre.

Alors bien sûr on me dira que beaucoup de citoyens rejoindront des associations, des groupes plus ou moins éphémères qui interviendront sur tel ou tel sujet, qui remettront au centre du débat tel ou tel sujet mais au final le mal est fait, aucun moyen de proposer une approche cohérente, aucun moyen de critiquer l’ensemble puis-qu’on nous mettra en face des détails techniques insignifiants sur telle ou telle partie du tout. Dénier au citoyen et donc à l’homme la capacité à comprendre et appréhender la complexité dans son ensemble c’est compartimenter, isoler et dompter tout élan allant dans le sens d’un vrai changement.

Les sciences cognitives nous apprennent que le cerveau reconnaît des ensembles, des combinaisons de systèmes simples et les appréhende dans leur ensemble pour appréhender et maîtriser la complexité. Une métaphore simple est celle d’un chasseur à l’affût, pour qui chaque son de la forêt, chaque pas qu’il fait, chaque trace qu’il voit, chaque bruit qu’il génère lui même ne sont que les détails d’un tout. Ce tout est la traque d’un animal imprévisible. Le cerveau du prédateur arrive à maîtriser, reconnaître, réagir face à ces situations sur la base d’un vécu, sur la base d’une logique et surtout sur la base d’un filtre qui ingurgite des milliers d’informations et ne retient que l’essentiel pour la tâche qu’il s’est assigné. Nous inonder sous un flux de chiffres, de postures, d’arguments, c’est simplement essayer de nous empêcher de voir clair et donc d’agir. Ce brouillage par l’information (si facile aujourd’hui grâce à un support dématérialisé) est une technique de dé-démocratisation efficace. Se réapproprier l’ensemble, ne pas avoir peur de la complexité et prendre du recul pour comprendre les positions de chacun des acteurs du jeu politique c’est leur opposer un droit de regard sur les orientations et les choix politiques et recentrer l’enjeu démocratique autour de la notion de citoyenneté pour l’éloigner de la technicité qu’on nous oppose. C’est forcément à chacun d’entre nous de faire cet effort de compréhension sans rien attendre de cette classe politique qui s’est si rapidement formée.

mercredi, mars 27, 2013

La vacuité de la pensée

Depuis quelques semaines le "happening" tendance Femen est devenu en Tunisie le sujet du moment. La tendance est à la surenchère à coup de cris du coeur soutenant l'Acte, face aux cris d'effrois de ceux qui voient devant leurs yeux la réalité d'un pays déchiré entre deux réalités. Naturellement, je ne n'adhère nullement au flot d'insultes et de menaces que la demoiselle a dû subir et qui ne démontre qu'une chose : la vacuité de la pensée et des arguments. Je m'abstiendrai donc de commenter ou de chercher des explications à cette tendance (pas forcément machiste ou paternaliste) à incriminer et à demander à tort et à travers que la justice divine s'exerce sur ceux d'entre nous qui auraient pêché. A quoi bon un jugement dernier serais je tenté de leur répondre si vos préceptes religieux veulent déjà nous juger ici-bas? Je m'abstiendrai également de toute critique du vide politique incarné par les Femen.
Mes pensées vont plutôt à cette grande oubliée de notre démocratie naissante, celle qui nous garantit un minimum d'équité, celle qui nous protège et nous défend contre les abus, celle qui règle aussi nos différents et nous cimente autour de ce minimum de choix et de valeurs dans lesquelles on s'est retrouvés. On appelle souvent à la réformer comme cette blonde d'Aquitaine qu'on abat par la suite. Elle est pour beaucoup d'entre cet enfant malade en qui on a perdu tout espoir. Et pourtant elle existe, et pourtant elle applique sa glaive jour après jour, et pourtant beaucoup sont ceux qui la nourrissent de leur sueur, de leurs espoirs et de leur sang. Mais quelle insulte que de la réduire aujourd'hui à un article ou deux d'un quelconque code civil qu'on cite par dessus l'épaule sans se soucier de tous ceux qu'on a piétiné juste avant? Honte à ceux qui se drapent de ses principes pour mieux s'en défaire quand ils poussent leur "cri".
Cette oubliée c'est notre justice avec ses lois imparfaites, ses contraintes, ses procédures, sa morale sous-jacente et son appareil nécrosé. Décrite ainsi on pourrait la croire mourante, agonisante, prête à laisser sa place au règne du couperet médiatique celui qui fait de la rumeur une vérité et de la vérité une plaisanterie morbide. Et pourtant elle vit serait on tenté de répondre. Son temps n'est pas le même que le nôtre, son opacité quand la transparence est la règle nous rend méfiants envers elle alors que c'est de notre confiance qu'elle se nourrit. Je m'agace et ça m'attriste de voir que c'est la dernière qu'on invoque quand il s'agit de répondre à ces problématiques qui nous tiraillent. 
Amina a contrevenu aux lois de la république et ses détracteurs n'ont d'autre choix que de porter plainte ou se taire. On me rétorquera que ces lois "liberticides" ne sont plus valables maintenant que la révolution a eu lieu et que l'urgence est justement à une reconception de nos valeurs et de nos lois par la force des images chocs et des positions extrêmes. Dire cela c'est faire preuve d'un aveuglement criant et d'un oubli (conscient?) des résultats qu'une élection démocratique nous a révélé à propos de nos consciences, de notre société et de nos valeurs. Dire cela c'est croire que notre position d'élite soit disant éclairée nous autorise à tout faire pour imposer nos choix de vie et notre sacro-sainte liberté.
Dire cela c'est surtout nier ce mur qui protège toute société démocratique, celui du respect des lois. Car remettre en cause une loi et argumenter dans ce sens est une chose, mais l'outrepasser pour signifier sa fin en est une autre. Comme si se parer d'un progressisme social et enfreindre une loi suffisait pour faire l'économie d'un débat, d'une réflexion en vue d'une adhésion plus large à une évolution des valeurs.
Certains n'hésiteront pas à comparer cette action (se montrer nu sur Internet) à celle de ces femmes qui en leur temps ont enfreint la loi pour avorter, confondant liberté de disposer de son corps et provocation stérile. Mais de quel projet cette action est elle porteuse? Que propose Amina pour changer ces mentalités sclérosées et qui ne comprennent pas que le corps d'une femme n'est pas uniquement un objet de désir ? Leur imposer cette poitrine et ce message glauque fera il autre chose que pousser ses détracteurs à se recroqueviller sur leurs positions? Ne leur donnera il pas les arguments dont ils rêvaient depuis bien longtemps? C'est avec une facilité déconcertante qu'ils vont maintenant utiliser cette image qui a fait le tour de tous les médias et cette histoire ridicule pour montrer du doigt le mal maintenant personnifié. Combien sont ceux qui aujourd'hui en Tunisie considèrent cet acte comme un acte d'émancipation ? D'un côté comme de l'autre la vacuité du propos et l'insignifiance de la pensée conjuguées à l’immédiateté du temps médiatique empêchent de se poser les vraies questions comme celles de savoir si tout progrès sociétal est forcément un progrès, si c'est bien une révolution qu'on a vécu ou une simple révolte, si cette révolte n'est plus qu'un paravent derrière lequel on est tous en train de se cacher pour demander tel ou tel privilège ou droit ou si c'est toujours une révolte pour la dignité, le droit au travail et la liberté. Qui pendant ce temps là pour protéger cette justice qu'on jette comme un mégot de cigarette une fois qu'on a en a tiré ce peu de substance qui lui reste ?

jeudi, mars 07, 2013

Dissoudre la constituante?

Face à un échec la vertu n'est elle pas de reconnaître ses torts, changer son fusil d'épaule et reconstruire sur des bases plus saines? C'est peut être sous cet angle là que beaucoup de tunisiens ressentent le résultat des élections du 23 Octobre 2011 (voir pour cela l'article du journal marocain tel quel parlant du piège de la constituante). Une assemblée constituante embrumée dans ses prérogatives, qui se croit investie d'une mission quasi-divine et au dessus de toute logique démocratique, une assemblée qui au fil des séances parfois orageuses, parfois insipides joue à nous faire peur avec des articles sortis de nulle part ou des votes partisans soutenus par une logique de partis et du nous contre eux sans même parler de l'absence de projet clair et limité dans le temps.
Il y a pourtant dans la diversité des profils, du présent et du passé des différents acteurs qui ont investis cette assemblée une certaine dose de représentativité de la Tunisie actuelle. Et ce point est en soi une grande victoire car il donne une image fidèle de ce qu'est la société tunisienne actuellement. Ceci serait très rassurant si ce n'est l'absence totale de ceux qui ont conduit cette révolte au nom de leur dignité, je parle bien sûr des plus jeunes indépendants et non organisés qui n'ont pas eu l'assise politique ou les financements nécessaires pour faire face à la main-mise des partis politiques sur la vie pré-électorale. Même si certains ont pu s'investir dans plusieurs partis politiques, il n'en demeure pas moins évident qu'ils ne pèsent que très faiblement sur les décisions et les approches politiques. Leur absence criante dans ces instances (la moyenne d'âge à la constituante est de 49 ans pour ce qu'on en sait), et le peu d'égard qui est donné à leur parole ou à celles des associations qu'ils ont crées présage d'une professionnalisation de plus en plus manifeste de la politique tunisienne et une exclusion de la majorité du processus décisionnaire. Car malgré les promesses, qui serait assez naïf pour croire que ceux qui tentent désespérément de nous faire miroiter une constitution s'évertueront à respecter par la suite leur promesses et se retirent de la vie politique? Dire qu'on se débat encore avec des vieillards empruntant à Bourguiba ses lunettes pour faire renaître une politique qu'on croyait du siècle passé...comment croire que ces quadragénaires qui nous gouvernent actuellement accepteront de lâcher le pouvoir avant encore vingt ou trente ans.
Que faire? l'éternelle question qui si on cède à notre désir de tout de suite changer cet état des choses nous pousserait à vouloir la fin de l'assemblée constituante pour reconnaître l'erreur qu'a constitué ce choix.

Et pourtant, choisir cette voie c'est ignorer que la démocratie représentative n'est pas un remède miracle à un peuple qui a grandi dans l'ombre du protecteur et sous la coupe du parti unique. Il nous faudra du temps pour créer de nouvelles règles du jeu et insuffler une âme véritablement révolutionnaire au jeu de dupes actuel. Car même si le tunisien est aujourd'hui politisé il n'est pas encore cet animal politique qui reconnaît la rhétorique dans les discours ou la logique médiatique derrière la guerre de l'information permanente voir de la surinformation.
Partant de ce constat et reconnaissant la volonté populaire derrière cette constituante et la légitimité de ces élections (certes non biaisés dans leur déroulement mais ô combien entachées d’irrégularités dans leur préparation), il s'agit maintenant d'agir pour se donner les moyens d'orienter les choix de cette assemblée, trouver des portes drapeaux à l'intérieur même de cet espace, convaincre, discuter, porter de l'avant notre projet d'une représentativité plus importante de cette jeunesse, de ses priorités et des choix qu'elle voudrait pouvoir faire pour ne pas se faire gouverner mais pour gouverner elle même.
La partie n'est certainement pas perdue mais le sera si on se contente de dénigrer cette assemblée, de la décrire comme nullement représentative des différentes composantes de cette société tunisienne qu'on nous a  tant décrit comme unie et unique et qui se montre aujourd'hui devant nous sous toutes ses facettes. Obliger les élus de la République à rendre des comptes, les contraindre à respecter leurs engagements, agir médiatiquement pour les obliger à écouter nos voix, ce n'est qu'à travers ces moyens là qu'on arrivera à les diriger vers ce qu'on désire tous mais qu'on a du mal à synthétiser : une constitution qui protège l'individu et contraint ceux qui nous gouvernent en leur imposant un contrôle citoyen et en sortant de la logique électorale qui nous restreint à un rôle d'électeur devenant faire valoir une fois les élections finies.

ps : Le chiffre de 49 ans de moyenne provient des estimations d'Al Bawsala

mardi, mars 05, 2013

Perdre Constantinople

En 1453 Mehmet II prend Constantinople et sonne la fin de l'empire romain et le début d'un empire ottoman. Quelques siècles plus tard me voilà à arpenter les rues de la cité du Bosphore essayant de comprendre cette âme turque au milieu de mes congénères venus s'enquérir du prix de la dernière robe de mariée voilée dans le quartier de Fatih. Entre ces deux temps Atatürk, celui qui a insufflé à ce pays un semblant de laïcité et de sécularité que beaucoup citent aujourd'hui en exemple.
Ce pays où l'islam modéré est au pouvoir serait selon beaucoup de nos concitoyens l'exemple parfait d'une alchimie entre les principes démocratiques fondamentaux et un islam politique que l'AKP a réalisé depuis sa confrontation au pouvoir.
Pourtant en visitant Istanbul un sérieux vague à l'âme vient perturber cette vision idyllique d'un islam politique dénué de toute volonté hégémonique. La tension autour de la place Taksim est là et le contraste est saisissant entre les comportements des deux pans de la société turque qui s'affrontent chaque jour. Entre des musulmans qui se sentent lésés dans leur croyances quand ils voient des comportements plus "occidentalisés" autour d'eux et ces laïques qui luttent vainement contre un attachement de plus en plus évident de la société aux valeurs religieuses conservatrices. Cette islamisation affichée et volontariste ne touche pas uniquement les laissés pour compte du miracle économique turque, car les quartiers conservateurs riches sont aussi foison et le président actuel incarne lui même ce savant mélange d'un monde des affaires où s'enrichir n'a jamais été un tabou et un monde conservateur où la crainte de l'occidentalisation pousse à un isolement communautaire parfois inconscient mais souvent volontaire. La réussite économique est même devenue l'argument politique numéro un du président quand il s'agit de défendre son bilan. En échange d'une certaine prospérité acceptez de revenir à vos valeurs traditionnelles. Voilà en filigrane le message que le président traditionaliste et son parti s'évertuent à répéter à longueur de journée.
S'il est certain que la situation économique tunisienne n'est en rien comparable à la situation de la Turquie (puissance économique régionale et mondiale), le tour de force opéré par le parti islamiste "modéré" au pouvoir afin de canaliser les forces de la société vers un conservatisme rigoureux est un exemple à suivre pour Ennahda en Tunisie. Opposer aux tentatives de progressistes un discours moralisateur et une approche binaire est un choix que le parti tunisien a déjà fait et est en train d'expérimenter à grand échelle.
Turkish Airlines a récemment arrêté de servir les boissons alcoolisées sur ses vols intérieurs (et aussi ceux à destination des pays du Golfe) en invoquant une très faible demande pour ces produits. Sous couvert de la loi du marché, des entraves à la liberté sont constatées dans ce pays qui se dit démocratique mais où l'extrême gauche est toujours le souffre douleur des forces de l'ordre et d'une justice aux mains du pouvoir. (cf la condamnation de Sevil Sevimli récemment).
Que penser également du virage économique effectué par la Turquie qui dirige ses investissement ailleurs que vers cette Europe apeurée qui a choisi de la refouler et accroît en même temps ses relations avec les pays du Golfe? L'autre rive est redevenue en Tunisie aussi un repoussoir.
J'ai volontairement omis les atteintes à la liberté d'expression et les lois liberticides anti-terroristes utilisées à tort et à travers pour museler les opposants, j'ai omis aussi les mises en scènes anti-israéliennes dont Erdogan est friand et où on finit par se demander si galvaniser le peuple par cet habile et facile tour de passe-passe n'est pas un peu trop gros par moments. Tout ceci devrait nous inciter à nous poser cette question fondamentale : qu'est ce qui dans notre prochaine constitution nous protégera de ces abus de pouvoir, est on encore capable en tant que nation de refuser de céder à la manipulation politico-médiatique et choisir de ne pas borner notre liberté à ce qu'on nous présente comme morale.

samedi, février 09, 2013

Penser l’événement ou l’avènement de la violence dans la politique tunisienne

Au delà du clivage qui se dessine et de l'affaiblissement voir de l'anéantissement d'un gouvernement fragile qui désormais n'a de légitimité que celle de la violence, il convient de s'attarder sur un aspect qui je pense sera décisif dans les prochaines années et qui marquera la vie politique tunisienne à jamais. Il s'agit de l'avènement d'une violence aveugle et sourde traduisant un message de rejet et de défiance à l'égard de la jeune république. Bien avant l’innommable, bien avant le déluge de haine et les plaies ouvertes, bien avant les balles qui assassinèrent Monsieur Chokri Belaïd, plusieurs voix (dont celle du défunt) s'étaient déjà élevées pour dénoncer cette dérive outrancière de paroles, d’intimidations, de violences qui allait inéluctablement créer à un moment ou un autre l'événement et par conséquent un avant et un après.
Pour analyser ce recours à la violence, il convient de s'intéresser tout d'abord aux différents acteurs qui composent cette nébuleuse islamiste, leurs relations au pouvoir actuel, leurs relations au monde extérieur et surtout leur évolution dans le temps des deux années qui s'écoulèrent depuis le départ de Ben Ali et dans l'espace hétérogène de la Tunisie rurale et citadine, des villes côtières et intérieures, du nord et du sud, voir même de l'étranger et de la Tunisie. Il s'agira ensuite de comprendre la perception que ce font ces acteurs de leur quotidien, de la réalité socio-politique du pays, du sens de leur lutte et de la continuité ou des ruptures qu'ils donnent à leur actions.

Si le rôle prépondérant acquis par Ennahda a fait resurgir un eux contre nous, si l'accès au pouvoir de ce parti a permis aux islamistes de tout poil de se réunir derrière une seule bannière, derrière cette façade de profondes divisions perdurent. Pour qui connais l'historique des mouvements islamistes en Tunisie cette fragmentation n'est pas surprenante et Ennahda elle même, a par le passé montré différents visages et différentes tendances en son sein. Ces mouvances s'accordaient autour d'un objectif clair, accéder au pouvoir...mais au-delà de cet accord de principe et de ces retrouvailles autour d'un socle commun la concurrence pour recruter des troupes dans le terreau fertile qu'était devenu la Tunisie post-14 janvier faisait rage. Tacitement, ces différents groupuscules tels que Ansar Al Chariaa, Hezb al Tahrir ou les autres différentes tendances salafistes (djihadistes ou pas) travaillaient l'opinion pour le compte d'Ennahda quand les élections ont eu lieu mais s'en distinguaient assez souvent dans leurs prises de position ou leurs rapports au médias comme pour mieux exister en dehors de cette grande famille tiraillée entre la tentation de gagner une légitimité républicaine (pas forcément démocratique d'ailleurs) et celle de réaliser des rêves de militantisme islamique de la première heure. Cet équilibre instable entre une formation qui veut plaire au plus grand nombre pour exister et des groupes dont la surenchère est le principal moteur a été rompu avec ce passage à l'acte et l'élimination physique d'un tribun et d'un homme qui inlassablement a essayé d'expliquer au plus grand nombre ce virage dangereux pris par les islamistes tunisiens et le caractère profondément anti-républicain de leur croisade.
L'avenir nous le dira et nous confirmera ou pas ce passage de la politique des mots à la politique du terrorisme islamiste, mais il est clair aujourd'hui et si on regarde l'histoire des républiques qui ont vacillé devant l'extrémisme terroriste de droite ou de gauche (je pense notamment à l'Italie des années de plomb) que dissoudre les Ligues de Protection de la Révolution (LPR) par décision juridique ou politique ne fera que passer ces groupes dans la clandestinité et dans une surenchère encore plus meurtrière. Il est illusoire de croire que ces réseaux, ces groupes qui se sont constitués suite à la révolution et à la contestation des premiers gouvernements de transition vont se dissoudre avec simplement une action du gouvernement ou de la justice. Tant que les revendications sociales persisteront, tant que l'état ne se sera pas montré inflexible face à cette violence des mots et des actes, tant que l'impunité pour les atteintes à la république et à ses symboles persisteront, rien ne fera revenir à la raison ces individus. Cela sera d'autant plus difficile que la récidive est souvent bien plus facile que le crime premier. Ces groupes ayant déjà profité des espaces de liberté ouverts après le départ de Ben Ali, ayant profité à maintes occasions d'une justice et d'un pouvoir politique plus que clément, n'hésiteront pas à refuser de voir ces armes tomber (j'entends ici par armes la possibilité laissée à ces groupes de prêcher la haine et la violence et le refus de la république, discours qui bien souvent dans un pays dévasté économiquement attire et attise la colère). Il y a pour paraphraser Sloterdijk un réservoir de colère dans cette société opprimée et frustrée pendant des années et qui ne demande qu'à être exploité. Un filon que ces groupes voudront continuer à exploiter même dans la clandestinité. Ainsi isolés de leur revendications premières, ils n'auront d'autre but que de se maintenir à flot et justifier leur existence par la violence. Puisqu'ils ne nous écoutent pas, ils seront obligés de regarder le sang qu'on versera. 
Qui aujourd'hui (et surtout dans cette frange de la population) croit dans un système démocratique fondé sur l'égalité et le respect des lois? Pourquoi s'étonner de cette violence alors que ces gens ne reconnaissent aucune légitimité à la république et ne rêvent que d'assouvir leurs rêves de vengeance sociale. Ils ont désigné leurs ennemis, ils ont décidé de les éliminer et Ennahda (ou du moins sa frange la plus modérée) ne pourra rien contre ces noirs desseins surtout que pour l'instant le parti ne veut absolument pas prendre le risque de froisser ceux qu'ils considère comme ses éclaireurs.
Une république qui vacille, une démocratie qui balbutie, et voilà ces discours de haine qui prennent un écho chez le plus grand nombre. Quand on voit également la réaction d'Ennahda et ses partisans à la foule immense qui ce vendredi huit février a pleuré, célébré la mort d'un martyr et d'une icône, on comprend que la peur de perdre la partie ne fait que pousser ces mouvements islamistes dans une logique de survie. Une logique où l'objectif n'est plus politique ou idéologique mais devient uniquement un combat pour l’existence. La lutte politique devient violente parce qu'elle détermine la survie d'un groupe, d'une idéologie. C'est la peur de perdre le pouvoir pour Ennahda et ne plus s'en remettre et la peur de perdre une existence, une tribune et des possibilités de recrutement, d'endoctriment pour les groupuscules qui l'entourent qui animent cette violence et cette lutte pour l'existence. 

Radicalisation des revendications, radicalisation des esprits, c'est là où on va aujourd'hui mais quelle formidable lueur d'espoir que d'entendre ces paroles d'apaisement, de confiance dans l'avenir et de refus de la violence dans la bouche de ceux qui ont payé le plus lourd tribut à cette immiscion du réel dans notre quotidien.

mardi, août 14, 2012

Leçons de vie paisible chez les bonobos.


L'étude du Bonobo (espèce de primates proche des chimpanzés) est fascinante et éclairante quant à l'évolution des sociétés humaines. Il s'agit pour l'observateur de tels animaux de déceler dans leur comportement, dans la comparaison de leur structure sociale avec les autres sociétés de singes évolués (hommes inclus) des signes avant coureurs de notre propre évolution et par dessus tout de la structure éminemment patriarcale qui caractérise l'espèce humaine et qui a façonné notre passé et notre avenir.

mercredi, janvier 04, 2012

La bataille de la constituante est déjà perdue...


J’admets volontiers mon ignorance du domaine juridique et le fait de découvrir comme beaucoup de tunisiens, les notions de constitution, d’institutions,etc…on a tous eu le droit au lycée ou à l’école à une formation civique où on apprenait par cœur les différentes strates de pouvoir, l’organisation des lois,etc...Dans cet amas de notions, de termes, seule l’étude de la Grèce antique dans les cours de philosophie permettait peut être d’appréhender les notions sous-jacentes et de toucher du doigt le pouvoir du mot citoyen.
Je ne sais donc pas vraiment ce que le mot démocratie représente, je préfère me contenter de parler de mon rôle de citoyen tel que je l’imagine.

vendredi, décembre 30, 2011

Citoyenneté 2.0

Je m'excuse par avance pour ce titre désuet mais ô combien symbolique...ce n'est peut être qu'un appât censé attirer le chaland au final.
Nulle envie de débattre (peut on appeler cela un débat?) de l'apport des nouvelles technologies, réseaux sociaux dans le débat démocratique voir dans la construction démocratique, car le concept est maintenant plus qu'éculé et les arguments ne manquent pas dans ce sens. Nier l'évidence ressemble plus à de la mauvaise foi qu'autre chose c'est pour cela que je ne chercherai pas pour une fois à verser dans le pessimisme.
C'est la découverte d'un document "leaké" par un membre de l'Assemblée Constituante et repris en trombe dans des milliers de messages sur les réseaux sociaux qui m'a inspiré cette brève note. Car comment ne pas voir dans cette fuite organisée une manipulation...l'information auparavant remontée par des anonymes sur le terrain et reprise en choeur il y a de cela un an exactement a changé de source. Ce sont maintenant les politiques qui délivrent et la masse d'anonymes qui se charge de la résonance. Certains ont donc bien compris la facilité avec laquelle le discours simpliste, les positions dogmatiques, bref la rhétorique pouvait inonder la toile. Le message n'est plus pertinent par son contenu ou sa vérité, mais par le matraquage qui le suit. Alors manipulation, propagande ?

lundi, octobre 24, 2011

Prémices d'un scrutin (ou le despotisme démocratique revisité)

Je citais dans une note récente (le despotisme démocratique) Tocqueville expliquant les motivations populaires post-révolutionnaires. Même si on n'en est pas encore à sacrifier nos droits et libertés chèrement acquises sur l'autel de l'ordre, l'analyse des premiers résultats du scrutin tunisien et le succès qui se dessine pour le parti islamiste démontre la pertinence d'une telle analyse.
L'apprentissage de la démocratie passe probablement par ce désenchantement, voir cette désillusion que beaucoup attendaient mais n'osaient pas y croire. A la peur de l'autre et la crainte de sa trahison, s'était substituée après le départ de Ben Ali une certaine effervescence et un espoir aveugle dans la démocratisation.
Les lendemains de victoire sont souvent amers et c'est ici qu'on se rend compte du chemin qui reste à parcourir. Si le scrutin a pu être transparent dans l'ensemble, la communication autour de l’évènement a souffert  notamment à cause des annonces autour de chiffres de la participation basés sur les électeurs inscrits dans les listes alors qu'un certain nombre si ce n'est une majorité de personnes arrivaient sans inscription préalable. Ne vaut il mieux pas dans ce cas là, parler de chiffres de la participation par rapport à la population éligible?